vendredi 29 octobre 2010

Les lois des statistiques tunisiennes

Les statistiques tunisiennes officielles sont fiables à cent pour cent.
Mais comment les machines attelées aux tâches des compte, décompte, recompte s'y prennent-elles pour assurer cette fiabilité attestée de longue date?

En vérité, s'il s'agit d'élections présidentielles, les machines n'ont rien à calculer puisque le compte est d'avance assuré. Il faut juste dire: 99,99% des Tunisiens ont voté pour Son Excellence le Président sortant. Les urnes ne mentent jamais depuis le temps que cette règle de calcul des plus simple et simplificatrices régit nos statistiques.

Par contre, s'il s'agit d'une grève, la règle de calcul est totalement autre.
Supposons que dans telle ou telle institution publique, il y a cent pour cent de fonctionnaires ou d'ouvriers qui se déclarent grévistes. La direction de cette institution, la seule assurée de fiabilité en matière de chiffres, ne peut se hasarder à dire la vérité sous peine d'en pâtir immédiatement. 100% de participation à la grève signifie que la direction est incompétente, qu'elle n'a rien fait pour persuader, dissuader, intimider ses subordonnés. D'où la nécessité d'apporter au chiffre initial les corrections qui s'imposent. On communique à ses supérieurs immédiats quelque chose comme 40%, voire 30%, soit un chiffre nettement inférieur à la moitié du taux de participation réel, non pas pour mentir, mais pour servir l'intérêt national.

A leur tour, les supérieurs régionaux procèdent à de nouvelles retouches pour rendre plus présentable et patriotique le pourcentage à transmettre au ministère de tutelle. Et ce dernier doit vérifier encore en coordination avec le RCD la fiabilité du 15 à 18% qu'il faut en fin de compte communiquer à la presse.

La dernière grève d'enseignants du secondaire réussie à un taux de 80% d'après l'UGTT n'aurait pas atteint les 18% d'après le ministère de l'enseignement.

18% de grévistes seulement, cela signifie aussi que les 99,99% d'électeurs de Son Excellence le Président ne croient pas au bien-fondé d'une grève!

dimanche 24 octobre 2010

Trois p'tits coquelicots ou la Caille et la Martyre de Denis Marulaz

Bûchette était un oiseau encagé. Perdrix, bécasse, tourterelle des bois: vous n'avez que l'embarras du choix pour élire le gibier qui convienne au plumage de ce nom. Vous pouvez même dire, si l'onomastique ou l'anthroponymie vous inspirent, que ce nom s'assortirait plutôt mieux d'une caille.
"Une caille aux œufs d'or!" vous dirait alors Bûchette.

Bûchette échappe un soir à la vigilance des "méchants matous", ses anges gardiens, et part illico en cavale. Le bel oiseau en a marre d'être "barricadé à triple tour" alors qu'il pourrait voler de ses propres ailes et "aller taquiner l'asticot en pleine nature". Et il a raison, qui n’en conviendra ?
Il vaut mieux être oiseau de campagne qu'oiseau de cage, assure la vieille sagesse des peuples et des nations. Quand on est de chair fraîche, que cette chair "est de l'or en barre" (si besoin zyeutez de plus près, messieurs, pour en juger de vous-mêmes!) plutôt que de se laisser indéfiniment plumer par ses volailleurs, on ferait mieux de se barrer à tire d’aile et s’en aller filer des jours d'or et de soie, dans son nid à soi, loin de tout matou méchant et tout ange gardien.
C'est à la faveur de cette fugue émancipatrice que Bûchette se trouve "invitée" de Gildas, retraité des finances, si ce n'est de l'existence même. Il est "dans son coin, tranquille, tout seul...en règle avec tout le monde, les commerçants, les impôts, les organismes, tout !" Un monsieur qui n'attend personne, "ni les gentils, ni les pas-gentils", dans sa vie de solitaire qui confine un peu à l’univers monastique.
Et dans sa cavale, Bûchette lui tombe dessus, comme un cheveu dans la soupe. Elle l'oblige à se plier à cette "invitation" à la bonne franquette, les aboiements des chiens dehors, à intervalles réguliers, et le moteur d'une voiture rôdant aux parages, rappelant à l'oiseau évadé que ceux qui avaient "investi dans la pierre" et pris "toutes les assurances" pour y prospérer ne sont pas près de faire leur deuil de la mine d’or, en traître envolée.

Mouvementée, démarrant à l’américaine, c'est ainsi que débute cette pièce théâtrale de Denis Marulaz. Les Grecs, qui avaient inventé l’art dramatique, donnaient à « drama» le sens à la fois expressif et définisseur d’action. Et c’est en parfaite adéquation avec la conception originale, inaltérée, du théâtre grec que Trois p'tits coquelicots est écrite. Elle se lit/se voit à la manière d'un polar, l'œuvre saisissant son lecteur-spectateur d'entrée et le mettant, sans hors-d'œuvre, en appétit. D’ailleurs c’est une règle d'écriture, une constante chez Denis Marulaz. Dès qu’une intrigue faite de sa main vous invite à en parcourir l’incipit, c’en est fait de vous! impossible de vous en défaire: vous irez jusqu’à l’excipit et vous n’avez pas le choix. Comme le chant fatal des sirènes en hautes époques et hautes mers, l’écrit de Denis Marulaz vous happe, ligote, ensorcelle et ne vous délivre que lorsque, finalement tues.. les sirènes auront abusé de vous!
Ceci pour prévenir les non majeurs ni vaccinés. Méditer la sentence orientale, si besoin, avant de succomber au chant des sirènes: il n’est pas aussi aisé de sortir d’un hammam que d’y entrer!

Mise en appétit se lit aussi « mise en appétence ».
Car d'aucuns, sourcillant et se lissant les bacchantes, verraient bien cette volaille troussée sur une table de cuisine, la leur! ou peu importe l’endroit, dans leurs bois ou sur la scène de théâtre, à feu de bûches ou de bois embrochée ! Pour peu que les fantasmes anticipent dans ce sens (et le jeu comme le contexte dramatiques, lieu, répliques, statut des personnages, s'y prêtent au reste) Bûchette n'y verrait aucun inconvénient, même si la pièce n'a pas besoin d'un fumet de volaille aussi bien aromatisé pour vous allécher.

Mais oublions la caille dans son four pour dire deux mots sur la justicière. De Bûchette faite pour « tailler les bûchettes » à Fantomette faite pour « taquiner l’asticot » sur les bûchers des martyrs, il n’y aurait que l’attirail de l’officiante qui change. En quelque volailler qu’elle se trouve, et ce n’est pas pour bêcher que "la main de la Providence" (ou du dramaturge) l’aurait envoyée chez Gildas, quand elle becquette cette Bûchette ne fait pas que râler de plaisir ! Il y aurait en elle un archange de lumière, un chevalier errant redresseur de torts, un paladin avec son épée justicière, envoyé d'un autre monde, d’une autre durée. Afin de venger une martyre.

Mais celle-ci -c'est une autre volaille d'un bouquet autre, il y a beau temps qu'elle s'est dérobée à sa cage et son matou.

A.Amri
24.10.10

Trois p'tits coquelicots - Denis Marulaz

Sur le même auteur:
Autopsie d'un ectoplasme dissous

Le blog de Denis MARULAZ est un espace où il fait bon errer et se perdre.

vendredi 22 octobre 2010

Il pleuvra ce soir ou demain


Le mythe raconté à mes élèves


Aux origines fut le Chaos, gouffre sans fond enveloppé de ténèbres et de brouillard.

De ce monde informe, désorganisé, naquit la Nuit. Qui fit naître à son tour les choses abstraites: vie, mort, éternité. Et les sentiments qui animeront plus tard le cœur des vivants: peur, amour, haine, courage... Puis la Nuit donna le jour à Gaïa (la Terre). Et celle-ci engendra Ouranos (le ciel). Jusque-là ces Déesses mères se fécondaient d'elles-mêmes, sans le concours d'un principe extérieur mâle. Mais Gaïa se prit d'amour pour Ouranos, car il était beau et sans bleu aucun. Et elle décida de l'épouser dès qu'il eut atteint l'âge nubile, inaugurant ainsi l'ère de la reproduction et de la vie sexuées. De cette union -qui serait incestueuse sans l'impératif de la cosmogonie grecque- naîtront des enfants sans nombre, d'espèces diverses adaptées à tous les milieux: plantes, insectes, oiseaux, reptiles, poissons, quadrupèdes herbivores, d'autres carnivores... Et au bout de quelques ans seulement, Gaïa s'en trouva un jour excédée. Trop d'enfants à sa charge, des fœtus qui s'agitent dans ses entrailles, des nourrissons agrippés à son sein, des adultes qui s'agitent ça et là en tous sens et se frottent à même sa peau, des mourants qui implorent son assistance, des morts qui se décomposent sans son assistance, toute une smala qui ne cesse de grossir ni se faire encombrante, dont les membres, âges et espèces confondus, se suivent sans arrêt et sollicitent à la fois son sein nourricier et sa continuelle attention.

Elle n'en pouvait plus, la pauvre. Et qui pis est, ce scélérat de mari, chaud lapin au plus fort de sa jeunesse, ne lui accordait aucun répit. Priape n'était pas encore né ni l'Olympe et ses habitants, mais Ouranos devait avoir dans le sang un germe ithyphallique du même ordre que le futur petit-fils, dieu de la fertilité, qui ferait rougir sa mère à tant parader sur ses flancs et ses collines, le machin tendu en l'air comme un chêne, ou mieux: comme un saule pleureur!

Le congénère et grand-père de Priape était lui aussi grand pleureur! C'est de fils à père, ou vice versa, que les pleurs se tenaient dans ce sang de haut parage. Et Gaïa devait essuyer constamment les pleurs et les plâtres!

Évidemment la pilule, le préservatif ni tout autre contraceptif n'étaient sur aucun marché, à cette époque-là, sans quoi Gaïa en aurait usé et même abusé, faute de pouvoir inculquer à Ouranos le principe d'une quelconque modération ou abstinence. Mais elle dut prendre son mal en patience, somme toute. Et Gaïa a donné encore le jour à douze titans: six mâles et leur équivalent femelles. Cette dernière portée, Gaïa l'avait conçue dans les tremblements et les saignées volcaniques. Ouranos n'augurait rien de bon de ces symptômes maladifs jusque-là inconnus, et Gaïa elle-même appréhendait l'accouchement car jamais son ventre ne fut si gros ni grouillant de ce qu'il portait. Cependant, quand elle vit naître la douzaine de jumeaux, quand elle vit leur pâte nouvelle, leur forme singulière, des bipèdes des plus vigoureux et grands, elle oublia vite l'angoisse qui la hantait tout au long de la grossesse. Elle fit de son mieux pour les élever, les entourant tous de son affection. Mais elle choyait surtout le plus fort d'eux tous, celui qu'elle avait appelé Cronos (le Temps). Et c'est à ce fils bien-aimé que la mère, usée par tant de conceptions et de naissances, est allée se plaindre un jour, quand elle le jugea capable de se mesurer à son père.

Gaïa lui parla d'abord, et longuement, de ses frères aînés, les arbres hérissés sur ses flancs autrefois duveteux, ensablés. Les dinosaures qui n'étaient nés que pour se chamailler au milieu des arbres, les porcs qui, nuit et jour, pataugeaient au milieu de leurs cochonneries et refusaient de s'assagir, les oiseaux qui fientaient sur son ventre, même dans leur vol, et revenaient à ce ventre pour demander toujours des vers et des graines, les vers et les graines qui alourdissaient ses entrailles et n'arrêtaient de pulluler...et de tant et tant de frères et sœurs encore. Dont beaucoup étaient nés mal-gré el-le!

Et la mère martela bien ces deux derniers mots, avant de détourner la face pour dissimuler deux larmes qui lui emperlaient les yeux.

Cronos qui l'écoutait attentivement et ne manqua pas de voir cette face subitement détournée, croyant que les peines de sa mère venaient exclusivement de ses aînés, bondit comme un lion, et sans entendre sa mère qui le suppliait d’écouter la suite, il assena un coup de poing au flanc gauche de celle-ci. En moins de rien, on vit s’écrouler tout un peuple de lions, plus tous les dinosaures qui se chamaillaient autour, et s’envoler vers l’air des millions d’hectares de forêts ! Sans les hurlements de la mère qui se déchirait les joues, pleurant tant d’enfants décimés par cette colère aveugle, Cronos aurait assené un autre coup au flanc droit, lequel coup aurait étripé les mers et les océans, à jamais vidés de leurs poissons et de tout crustacé.

Quand Gaïa put lui expliquer que le mal venait surtout de son père, que celui-ci devait voir un toubib pour son saule pleureur, Cronos assena quand même un deuxième coup de poing au même flanc tantôt meurtri. C’était dans l’intention de faire mal à son poing fratricide, mais il ne fit que soulever davantage de douleur la pauvre mère, deux fois endeuillée en l’espace d’une colère. Elle en vint à regretter de s’être confiée à cet enfant coléreux, qui s’emportait ainsi comme une soupe au lait ! Et la soupe au lait dut se mordre le poing jusqu’à ce qu’il en eût vagi lui-même de douleur pour que Gaïa pût l’étreindre contre sa poitrine et lui pardonner sa colère meurtrière.

« Parle à ton père, lui dit-elle, pendant qu’elle le serrait ainsi. Essaye de trouver les mots qui puissent calmer sa fougue, le rendre à la raison. Mais en douceur surtout. Car il faut ménager sa susceptibilité. Et puis n'oublie pas que c’est ton père : ne lui manque pas de respect. »

Cronos rassura sa mère et, sitôt libéré de son étreinte, il alla droit voir son père qui était en train de prendre.. l'apéro! Le fils était persuadé que le vieux l'écouterait car, se dit-il, celui qui veut aller loin ménage sa monture. Et de monture, Ouranos n'en avait qu'une qui se faisait flétrir à la fleur de l'âge par sa faute.

Usant de telle rhétorique et de bien d’autres formules imagées, non sans peu d'impudence quand même, Cronos demanda à son père d'accorder un congé à sa monture. Il lui dit cela d'une manière plus effrontée, sans doute, car pour toute réponse, Ouranos lui flanqua une belle claque et lui intima à lui et ses frères et sœurs l'ordre d'aller se coucher sans tarder et lui ficher la paix.

"Foin de ma progéniture qui veut m’éduquer ! cria Ouranos. Que je ménage ma

monture, qu'il veut le joli fiston! ah! que tu ne m'aurais dit cela avant que je ne t'aie procréé, scélérat! tu m'aurais épargné l’ingratitude de me parler sur ce ton, à moi qui t'ai donné la vie! pouah! ah, fi! va-t-en d'ici, maudit! et que ta procréation t'éventre pour avoir osé une telle offense à l'endroit de ton procréateur!" Et il congédia sans plus l'insolent fils. L’ire intenable d’Ouranos fut telle que, réalisant entre-temps que le fils était monté contre lui par sa mère, il s'étendit de tout son long et large sur la malheureuse épouse pour venger l'honneur viril et patriarcal ainsi insulté.

Gaïa en conçut aussitôt une nouvelle ventrée qui rajouterait à sa smala et ses peines. Cronos, quant à lui, ainsi éconduit et humilié, invita ses utérins non à ficher la paix à l'impénitent père, mais à tenir immédiatement une assemblée pour discuter du moyen qui permette à leur mère de savourer quelque temps de repos. On discuta et discuta une heure durant, le temps que mit le père pour se remettre de son courroux, après quoi on se plia à la seule résolution qui parut opérante, celle de Cronos précisément, laquelle, à plus d’un égards, se profilait comme le meilleur moyen de contraception à inventer en la circonstance, à cent pour cent efficace et sans faille aucune, en attendant que les humains proposent plus tard les leurs. Mais pour ce faire, vous conviendrez qu'il faudra attendre des millénaires.

Quand la maman put se joindre à l'assemblée de ses enfants, Cronos lui demanda de servir un thé à Papa, bien sucré, dit-il, et avec, en guise de menthe, mille et une gerbes de haschich et autant de pavots d'opium! Et pendant que Papa sirotait son thé, qu'il trouvait excellent, du reste, bien corsé et portant à s'offrir une pinte de bon sang pour se dérider après l'affront de l'ingrate progéniture, les douze frères et sœurs s'affairaient à tailler une belle pierre de silex. La plus belle qui fût, aussi longue, plate et affilée qu'une hache au bout de sa manche. La vue seule de cette belle œuvre d'art que Gaïa aperçut sortie des mains de ses Titans avait de quoi plonger la mère, déjà assez marquée par le deuil tout récent, dans la terreur! car la bonne Gaïa, alarmée par son sixième sens, ne s'attendait pas à ce que ses ingénieux enfants aillent si loin pour secourir leur tendre maman. Aussi, voulut-elle se repentir, sans plus tarder, et prévenir à temps Ouranos. Mais elle eut beau secouer le mari, beau lui crier de se réveiller, celui-ci ronflait déjà comme le moteur d'une 404 tunisienne courbatue sur les caillasses de Sidi Bouzid. Non seulement ce verre de thé fit étreindre par Hypnos le joyeux Ouranos, mais il lui ouvrit aussi les portes et les jardins d'Oneiros. Vingt, cent, mille houris dont les rondeurs éclipsaient celles de Gaïa s’agitaient de doux émoi autour de son saule pleureur, lui chantaient des hymnes pétris de concupiscence, sollicitaient ses honneurs et faveurs, qui se le disputaient en même temps qu'Hypnos s’accaparait le reste du corps.

« Non, ne faites pas ça, malheureux ! cria Gaïa. Touchez pas à mon mec ! »

Mais les douze Titans se juraient d’aller jusqu’au bout, faisant signe à leur mère de s'écarter, l’écartant de force quand elle voulut s’interposer, encerclant de toute part le vieux, décidés à l'initier comme il se doit au planning familial.

C'est à Cronos qu'échut la basse besogne de couper d'un coup sec l'organe à qui il devait lui-même le jour. Et l'on vit bondir, ensanglanté et hurlant, Ouranos. Il eut juste le temps de lancer contre Cronos une terrible imprécation, avant de se dissoudre dans l'air puis l'éther et monter là-haut, là où on le voit encore de nos jours, marqué toujours d'un bleu qui ne serait que la séquelle de ce vieux supplice qui le décida à fuir sa smala et se faire céleste.

N'allez pas croire qu'Ouranos cessa de harceler Gaïa depuis. A l'instant même où je termine ce récit, par dessus mon toit je vois sa face congestionnée du désir dont il n'a jamais guéri, qui préside à la fertilité de la terre et la continuité de la vie.

La météo use d'un bel euphémisme que le commun des mortels n'entend pas à son juste sens: il va pleuvoir ce soir ou demain, dit-elle. Les anciens grecs disaient, quant à eux : demain ou ce soir, Ouranos va engrosser encore Gaïa. 

A.Amri

22.10.10


dimanche 17 octobre 2010

Celui qui injuriait sa mère par amour du sein nourricier (2)

Celui qui injuriait sa mère par amour du sein nourricier (1)

Quand la Coquine fut partie, le sort de Boucetta ne varia pas d'un iota. Il dut même régresser pour quelque temps, contrairement à toutes les attentes -à supposer que Boucetta ait attendu quelque chose de ce départ- et aux promesses de l'indépendance naissante.

D'abord, alors qu'il n'a demandé à personne qu'il soit libéré, Boucetta fut des premiers frappés par l'état de grâce qui veut que toute indépendance nouvellement acquise soit fêtée par l'ensemble des citoyens, sans exclusivisme aucun ni exclusion. Les fellaghas et les politiques, d'abord, honneur oblige! puis les petits droit-commun condamnés à moins de trois mois, les gros droit-commun qui n'avaient plus que trois mois à purger, les quelque chanceux droit-commun atteints de maladies mortelles, dont on évaluait l'espérance de vie restante à trois mois et, enfin, quels que soient leurs délits et peines, tous les Habib et les Bourguiba, même s'il fallait corriger quelques noms pour en gratifier l'Indépendance, étaient libérés le même jour que la Patrie.

Dans ce large mouvement de désembastillement marquant l'avènement de l'ère nouvelle, on libéra donc Boucetta et, en grande pompe, on lui fit cadeau d'un petit drapeau national flambant neuf. C'était la première fois de sa vie qu'il touchait un drapeau. Rouge, avec son croissant blanc et la belle étoile au milieu. Boucetta l'avait tourné et retourné pour voir s'il n'y avait pas une poche fermée d'une ficelle quelque part, car la bourse tardait à venir depuis qu'il était libéré, mais il ne vit ni ficelle ni poche ni billet épinglé sur l'étoile ni pièce sonnante qui pût appesantir ce joli présent. Et puis c'était si petit, moins d'un empan, en tout et pour tout! Boucetta aurait quand même aimé que ce cadeau d'indépendance fût au moins aussi grand qu'une serviette, ou même un mouchoir de poche, mais son drapeau d'étrennes ne pourrait même pas faire une bourse pour y mettre le pécule du caoua.

"Par là, Boucetta!" que lui cria une sentinelle.
On l'aligna, la face au soleil, à côté des autres libérés massés devant la prison, en attendant que des véhicules spéciaux, réquisitionnés pour ce grand jour, viennent conduire tout le monde, fellaghas et patriotes en tête, vers la grande place de l'Indépendance. C'était là que la Patrie allait lui offrir lui et ses frères fellaghas, lui dit-on, le tribut de son regard pour les éminents services qu'ils ont rendus à la nation.

Boucetta qui ne savait pas jusque-là qu'il était fellagha avait beau chicaner, beau dire qu'il voulait rester à côté de son grabat et pas loin de son bol de soupe, pas un de ces enragés de l'indépendance ne voulait l'entendre ni croire un instant qu'il fut sincère. Et puis, sincère ou pas, la Patrie lui était redevable de son soleil nouveau et l'invitait en ce jour de gloire à recevoir son dû. Aucun résistant ni politique n'était aussi méritant que lui, et les papiers attestant tel mérite, les dossiers, les annales d'affronts qu'il avait fait subir à la Coquine, le compte total de nuitées loin de la famille, des amis, de la chaleur et du confort de son foyer pour l'amour de la Patrie, autant de preuves patentes feraient de Boucetta le méritant des méritants, le premier décoré de l'Ordre de la République, sitôt celle-ci proclamée. S'il voulait un permis de louage, le Parti le lui accorderait en priorité. Une licence de tabac ou d'alcool, personne ne l'aurait avant lui. La carte du Parti, il l'avait déjà, qui n'attendait que le versement de deux francs pour qu'on la lui mette dans la poche. Mais dans l'immédiat, en ce jour mémorable de liesse nationale, la Patrie voudrait le voir de si près, le couver des yeux, le serrer contre son sein, l'étreindre à la fois comme fils et amant, imprégner ses narines et poumons de sa chaleur et son parfum virils et lui dire:" Boucetta, tu m'as tout donné; alors prends tout à ton tour et lève haut la tête!"
S'il voulait faire le pitre, l'humble patriote, ce n'était vraiment pas le bon moment. La Patrie voudrait dédommager les héros un tant soit peu des sacrifices consentis pour elle et faire la fête avec eux. Sans eux, quel sens à la liesse?
Boucetta, le peuple en a décidé ainsi, serait le premier amant fêté sur la place de l'Indépendance, le récipiendaire numéro un des honneurs dus aux anciens combattants.

"Et le pécule du caoua, frères du cocuage?"

Boucetta avait beau articuler et répéter la question, les libérateurs des héros de la nation qui l'avaient déjà embarqué sur un grand camion militaire n'étaient plus là pour l'entendre ou lui faire le moindre écho.
"Gloire aux fellaghas!" qu'il entendit seulement, en guise de pécule sonnant! Et le camion démarra dans un nuage de poussière et de fumée, hoquetant, toussotant, pétaradant et tressautant sur la première goudronnée qui, le matin même, s'appela rue de l'Indépendance. Après avoir paradé tout au long de cette rue, encensant de son pot d'échappement ce beau matin du pays indépendant, il vira à droite. C'était l'avenue de l'Indépendance. Puis à gauche vers le boulevard de l'Indépendance. Une heure plus tard, fumant comme le char de l'enfer et pétant de plus belle, il était arrivé enfin à la Place de l'Indépendance.
"Gloire aux fellaghas!" clamait la foule. Et l'on invita Boucetta et ses frères d'armes, à travers l'encens du moteur moutonnant jusque sur la cime des palmiers, à daigner descendre pour se joindre aux invités du premier rang. "Honneurs aux Résistants!" criaient les hôtes. "Youyou! youyou!" explosaient des gorges féminines, tandis que de jeunes filles parées de leurs plus beaux atours mitraillaient de fleurs de jasmin les Résistants descendus de leurs chars.
"Honneurs aux Résistants!"

Et en fait d'honneurs, Boucetta et ses frères d'armes furent comblés. Placés au premier rang devant une grande estrade tapissée et un beau pupitre de toute part entouré de drapeaux, de banderoles et des photos du Combattant-Suprême, ils eurent à applaudir pas moins d'une douzaine de caïds, tous bien propres et frais, tous bien enflammés et beaux parleurs, qui s'étaient relayés pour annoncer à la foule l'indépendance du pays et ce que cela signifie. Et les vivats de la foule, acclamant Bourguiba cité par chacun de ses représentants, donnaient encore plus d'ailes à la verve de ces orateurs que le Combattant-Suprême, ne pouvant être à Tunis et dans le reste du pays en même temps, avait délégués en personne pour le représenter, dans cette forteresse du combat et du patriotisme, auprès du peuple.
"Et le pécule du caoua, frères de la patrie indépendante?"

Boucetta s'était bien avisé de parler comme les caïds, ayant sans doute réalisé entretemps que la belle époque du beau parler qu'il avait était peut-être révolue.
Néanmoins caoua et son pécule ne se faisaient pas entendre. Ni les discoureurs ni la foule qui n'arrêtaient, les uns de promettre les usines, le blé, l'or, la santé, le décollage, sans oublier les droits, la justice, l'égalité et les libertés, l'autre d'applaudir chacune de ces promesses empochées comme des bons de trésor, et d'entonner, toutes les deux minutes, l'hymne de la révolution, n'avaient entendu la petite phrase de Boucetta. Lui qui réclamait son pécule avant tout autre gage ou promesse mais ne recevait que bribes de discours et salves d'applaudissements fut vraisemblablement, en ce jour et lieu de liesse, le premier Tunisien indépendant à déchanter si rapidement. Non seulement l'indépendance lui volait son pécule, mais le rétablissait en même temps dans sa condition de SDF.

Dès qu'il put se frayer un chemin pour fausser compagnie aux patriotes et leur peuple en fête, Boucetta alla droit vers l'impasse de l'Indépendance, cherchant la première taverne qui ne fût pas de la fête, décidé à faire valoir ses droits d'ancien client et, si besoin, d'ancien combattant pour avoir à boire.

"Si ça se trouve, disait-il à part soi, aujourd'hui, c'est la tournée du patron. Une indépendance, pardi! ça s'arrose, patriotes. Comme le henné. On ouvre les vannes, et hop! allez, les bourriques, l'oasis, le cactus, les clebs, les chameaux! tout le monde à l'abreuvoir! et c'est la caisse de l'Indépendance qui paye. On devrait crier ça sur les toits, les minarets, les palmiers! Peuple, nation, à vos gardes! qu'un rouquin pur abreuve nos sillons! Citoyens, citoyennes, aux tavernes! Tournée de la patrie, par Allah! allez tout le monde ses trois kils! et n'oubliez pas de revenir demain! et après-demain! sept jours qu'il faut le faire téter le peuple, vendredi inclus! même les bigots, faut leur servir chacun ses trois kils de rouquin! tu veux prier, frère? viens par-là, d'abord! fais tes ablutions et pinte! Au corsaire, mon pote, à la bonne franquette! verse-s-en un peu sur la barbe, des fois qu'il y a un pou là-dedans, ça picole aussi un pou. Et puis deux petites larmes pour les bacchantes aussi, pardi! Dis-moi, c'est pas beau l'indépendance? Frères indépendants, buvez et lavez-vous de vos péchés! le rouquin pour les anciens combattants! la boukha pour les amoureux et les cocus! la bière pour les nanas! et kémia (1) pour ces bons et joyeux drilles, garçon, kémia pour le peuple! fèves et pois-chiches au cumin! envoie la soucoupe! des œufs durs et des trillias!(2) envoie la soucoupe! hergma (3) et bouzallouf, (4) envoie la marmite! Attention, personne qui paye, j'ai dit! la patrie l'interdit. En ce jour solennel où le peuple sort de sa longue nuit de soif, que la Patrie abreuve ses enfants!
Allez, Habib, faut dire ça à la radio! Envoie le Communiqué de salut public! ça peut pas attendre. On avise au plus pressé aujourd'hui. On dérouille le cœur et la gorge au peuple. Ensuite, on décolle en douce!"



A suivre...



A. Amri
16.10.10

1- Amuse-gueules servis aux bars et généralement gratuits.
2- Rouget de Provence (poissons).
3- Plat populaire à base de pied de veau.
4- Tête de mouton rôtie.

samedi 16 octobre 2010

Le sionisme moribond

Deux plaintes déposées en moins d'une semaine contre Souhail Chichah, enseignant et chercheur à l'ULB, l'une pour "antisémitisme", l'autre pour "incitation à la haine raciale". En parallèle, une campagne de diffamation des plus féroce contre ce même homme sur internet et les journaux belges. A quoi ajouter des pressions sur les autorités académiques de l'ULB en vue de briser sa carrière. Et des lettres anonymes sans nombre où foisonnent les menaces et les insultes. Et la cerise sur le gâteau: une tentative de meurtre à l'arme blanche visant sa personne.

L'arme des lâches est partout la même: intimidation, calomnies, cabales, coups bas. Et les sionistes ne s'embarrassent pas d'en user et "abuser", même avec les "mauvaises graines" juives, que ce soit à l'intérieur d'Israël ou à l'extérieur. Cette hargne contre les antisionistes où qu'ils se trouvent ne peut et ne doit que consolider le front des pacifistes de tous les pays, intellectuels ou simples citoyens, dans cette bataille des plus juste et noble pour le droit palestinien. L'issue de l'affaire Alima et Omar en France retentit encore de ce camouflet donné aux "redresseurs de torts antisémites", lobbyistes d’Europe et leurs commanditaires en Israël. La mascarade n'est pas terminée, certes, puisqu'il y a encore 79 procès à suivre. Mais l'élan de solidarité qui a précédé et accompagné ce premier procès, les papiers écrits, les déplacements individuels et en groupes pour assister au procès ou manifester devant le tribunal, toutes les initiatives concertées ou spontanées en marge de cet évènement témoignent, au delà de la responsabilité citoyenne de leurs auteurs, de ce sentiment de ras-le-bol qui se propage en Europe et ne fait que grandir. Ce qui semblait tenir, il y a quelques années seulement, d'un vent de sédition intellectuelle sans conséquence, circonscrit dans le cercle de l'élite, se révèle, jour après jour, d'une ampleur plus inquiétante pour les sionistes. Le vieux sentiment de culpabilité européenne à l'égard des juifs persécutés par les nazis ne trouve plus d'adhérents chez les nouvelles générations, d'autant plus que les victimes d'hier sont aujourd'hui des victimaires. La litanie de l'holocauste, confrontée aux crimes en live, au fleuve de sang arabe et palestinien qui, de Deir Yassine à Gaza, en passant par Sabra et Chattila, Jenine et Kana, sans compter les tueries moins tristement notoires ni les assassinats de chaque jour, n'a jamais tari ni connu la moindre décrue, confrontée aux destructions quotidiennes perceptibles sur tous les écrans, aux humiliations sans nombre de femmes, d'hommes et d'enfants dont les photos égayent les héros du Tsahal et leurs fans, confrontés au vol des terres et des maisons, à l'expropriation de tout un peuple au profit d'un autre, tel holocauste a perdu son aura de sainteté et sa crédibilité. L'effet anesthésiant que ce mot magique avait autrefois sur les vieilles générations européennes et qui permettait aux apôtres du sionisme de couvrir ou de faire absoudre les crimes de leur État en Palestine ou dans les pays limitrophes est aujourd'hui sans prise aucune sur les générations nouvelles. Libérées de ce croque-mitaine qui ne tient plus face au sang palestinien, ces générations se désolidarisent de plus en plus de leurs prédécesseurs pour rallier le camp de la justice et du droit. Et cette attitude antisioniste qui est en passe de devenir un trait de la nouvelle culture européenne, en même temps qu'un signe identitaire de tout projet de politique autrement, touche toutes les catégories sociales, pour autant que celles-ci soient informées. On peut en mesurer l'étendue sur la toile, sur les réseaux et les forums: les citoyens connectés à ce vent et impliqués dans son souffle ne sont plus seulement que des intellectuels ou une poignée de politiques réfractaires à la vieille doxa du continent. La contagion antisioniste paraît n'épargner personne, et qui mieux est, se répandre à l'intérieur même d'Israël.

N'en déplaise aux bons apôtres, l'épidémie ne fait que commencer. Et le vaccin comme le remède font défaut. Aucun laboratoire ni savant sioniste, quels qu'en soient les compétences, ne pourront inventer la pilule qui soit capable d'endiguer la pandémie mondiale ou d'en guérir les personnes atteintes. Car le mal n'est ni en Europe ni chez les intellectuels ou les antisionistes en général, mais là où le sionisme a construit ses murs et ses colonies, là où il a usurpé la terre palestinienne, là où il a fondé Israël. Tant que le foyer initial du virus est là, ni les armes, les assassinats, le terrorisme d'État sous toutes ses formes ni le mensonge ne pourront enrayer le mal ou guérir les malades. Et tant pis si les sionistes ne l'entendront pas de cette oreille!

Ce front qui unit Juifs, Arabes, Européens et d'autres combattants pour la paix, dans le reste du monde, aura raison du sionisme. Les actions de soutien au BDS et aux victimes des procès sionistes devront être reconduites et consolidées pour les rounds à venir. En France comme en Belgique ou ailleurs, là où nous pouvons marquer notre présence, boycotter ou faire boycotter un produit israélien, écrire un mot, transmettre une info, faire rallier au combat antisioniste un nouveau défenseur de la liberté de pensée et d'expression, dénoncer cette terreur aveugle qui vise des femmes et des hommes intègres, usons de la moindre parcelle accessible sur Internet ou ailleurs pour offrir le maximum de créneaux à la cause qui nous rassemble. Et en aucun cas, autant que possible, ne laissons pas seuls sur le terrain les sionistes. Car, et ce que je vais dire n’est pas un optimisme de pacotille, tout porte à croire que le vent de révolte qui souffle des cinq continents, et de l’Europe en tête, sur le sionisme et ses fondements n'est pas passager. Une nouvelle conscience universelle émergeant au jour depuis la dernière guerre contre le Liban et consolidée par le siège puis la guerre contre Gaza est en train de se dresser partout à la face du sionisme. Et les sionistes le savent bien, qui multiplient les fuites en avant et les faux-pas, répondent à l'argument percutant par les huées et les sifflements, la calomnie et la cabale, la menace anonyme et le couteau brandi, et ameutent en toute circonstance leurs chiens de garde pour un "oui" ou un "non" n'allant pas dans le sens qui les réconforte.

Ces sionistes savent que les jours de leur doctrine supposée les protéger mais se révélant piège mortel pour eux sont d’ores et déjà comptés.

Armés de cette foi fondée autant sur l’histoire du colonialisme et de l’apartheid et les signes récurrents d’un ras-le-bol humain face aux crimes incessants du sionisme, disons-le sans ambages : tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, nous finirons bien par caser ce monstre moribond là où il ne fera plus de mal ni aux Palestiniens ni aux Juifs ni aux citoyens du monde. Dans le musée de l'histoire.

A. Amri

17.10.2010

Sur le même sujet:

Faut-il pendre ces intellectuels qui n'endossent pas le prêt-à-penser sioniste?

Liens externes:

Passion sioniste à l'ULB par Aurore Van Opstal

Cabale sioniste contre Souhail Chichah par Olivier Mukuna

La pétition de soutien à Souhail Chichah et Marc Van Damme

La liberté d’expression menacée de mort par Pierre Piccinin

vendredi 15 octobre 2010

Mon Dieu, aidez-moi contre eux - Poème de Esghaïer Ouled Ahmed (Traduction)


mon Dieu, 
aidez-moi contre eux
ils ont égorgé ma chamelle
et appellent à répandre mon sang
dans des maisons 
sur les tapis de prière desquelles
Vous avez interdit
l'effusion de sang 
mon Dieu
préservez-moi de la cruauté des miens
qui vendent du mauvais vin
et font beaucoup de mal 
à la nuit joyeuse et candide
de ceux qui
haïssant ce monde sordide
trouvent la paix
dans vos vignes, Seigneur! 


Mon Dieu, 
les billets classe Élus
du jour dernier
ont été tous vendus
je n'ai trouvé
ni l'argent ni le temps
ni l'excuse qualifiante
pour en acheter un
Daignez déchirer
Seigneur
leurs faux bons
de Trésor
Pour apaiser mon cœur
N'avez-vous pas promis
nonobstant leur démence
aux hommes votre clémence
Puissiez-vous, ô mon Dieu,
envoyer des bancs de criquets
sur tous leurs champs de blé
et les rendre désert
en tout lieu nettoyé 
de tout point vert
puissiez-vous, 
ô Tout-puissant
rendre en toute saison 
inculte leur sol
et pour y prévenir
fétu de paille
et surgeon volubile
envoyer encore 
des oiseaux ababils (1)

Votre Dit est la raison
Seigneur
les rois comme les présidents
incarnation de la nocivité
quand ils investissent une cité
y sèment la corruption
Alors détruisez les palais des rois
pour que les affaires des cités
au plus tôt soient réparées

Seigneur
faites qu'au lieu des dattes
des vers, des mille-pattes
poussent en régimes
sur les dattiers!

nous sommes allés tous
maintes fois aux élections
et pas une fois les urnes
n'ont retenu notre sélection 
Seigneur, Bien-Aimé
et Mien Soutien
j'ai publié un nouveau livre
Daignez le vendre pour moi
sans nombre de plafond
Seigneur qui êtes casanier
chez les prophètes
Pourquoi êtes-vous descendu
sur leur terre de cocuage
et  m'avoir logé 
au ciel sur un nuage?
Mon Dieu
S'il faut que je sois admis
demain au paradis convoité
faites que de ma compagnie
soient bannis les dévots!

Mon Dieu
je vous donne sans tarder
le profil de ma houri (2)
 ses lèvres
l'aréole de ses seins
son nom de famille
sa chevelure couleur de miel
ce qu'elle dit, et ne fait pas
Seigneur qui êtes aux cieux
Rajoutez ma houri
à la sourate des poètes (3)
Ouled Ahmed par Amina Bettaieb


mon Dieu
de la juste bouche des pieux
j'ai entendu dire de Vous
des propos horrifiants
je les ai alors 
par le Livre lapidés
Le Livre s'est dressé
transmué en vipère
la vipère les a tous mordus
Et le Livre m'est alors revenu
Seigneur le Tout-Haut
Ne pourrait-on pas dire
de moi
Que je suis prophète?
Esghaïer Ouled Ahmed
Traduction A.Amri
15.10.2010



 
Notes:
1-  Oiseaux ababils: Selon le Coran, essaims d'oiseaux porteurs de cailloux, que Dieu a envoyés pour mettre en déroute le gouverneur abyssin, Abraha, voulant conquérir à la tête de son armée la Mecque.
2- Dans le texte arabe, le poète évoque un signifié féminin par le pronom "elle": difficile de savoir s'il s'agit de la bien-aimée terrestre (une femme, ou le vin, féminin en arabe) ou la houri céleste convoitée ( femme très belle promise par le Coran aux Musulmans fidèles qui accèderont au paradis).
3- nom d'une sourate coranique.

vendredi 8 octobre 2010

Faut-il pendre ces intellectuels qui n'endossent pas le prêt à penser sioniste?

En réaction à ce vent de soulèvement intellectuel et citoyen qui souffle de l'Europe sur le sionisme et ses fondements, on assiste à une chasse aux sorcières dont les auteurs et leurs commanditaires font preuve de hargne certes mais aussi de vue courte qui n'est pas sans incidence sur les chasseurs eux-mêmes et la fin escomptée par leur action. Non seulement la persécution de la pensée et de l'expression est l'arme des lâches et des incapables mais cette arme s'avère aussi à double tranchant. Plus un intellectuel est persécuté plus il a "pignon sur rue". "L'effet pervers" de cette chasse aux sorcières, que la machine lobbyiste sioniste est incapable d'escompter, est mesurable déjà à travers de nombreux exemples. Les voix qu'on a voulu jusqu'ici proscrire et étouffer par la calomnie et l'ostracisme des sionistes sont aujourd'hui celles qui ont le plus de notoriété et d'autorité intellectuelles, que ce soit en Europe ou dans le reste du monde.

En France, on traîne devant la justice Alima Boumediene et Omar Slaouti pour seul motif que ces deux personnes ont exprimé leur indignation de voir des produits importés d'Israël dans un magasin Carrefour du Val d’Oise. Ils comparaîtront ce 14 octobre devant un tribunal à Pontoise pour "incitation à la haine raciale".

En Belgique, on fait de même pour Souhail Chichah pour seul motif que cet homme est un contradicteur impénitent et compétent des sionistes. Il a été convoqué ce 8 octobre 2010 par la police belge et interrogé durant une heure et demi, suite à une plainte déposée contre lui pour "incitation à la haine raciale". Une autre plainte a été déjà enregistrée contre lui au début de la semaine pour "antisémitisme".Qui sont les plaignants?Derrière l'affaire Boumediene et Slaouti, il y a Sammy Ghozlane, un redresseur de torts antisémites qui cumule la présidence de deux associations sionistes: BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme) et SFSI (Secours Français pour les Sinistrés d'Israël). A ce jour, celui qui se vante publiquement d'être l'épée de Damoclès brandie par dessus les antisémites a déjà poursuivi plus de 80 personnalités sur le sol français, toutes accusées d'incitation à la haine raciale.Quant aux poursuites visant Souhail Chichah en Belgique, elles émanent vraisemblablement d'associations juives appuyées par Joël Kotchk, Maurice Snowski et Viviane Teitelbaum, respectivement enseignants à l'ULB et députée bruxelloise du MR (Mouvement réformateur).Incitation à la haine raciale, ça veut dire quoi?Inutile de consulter Littré ou Larousse, ou tout autre dico des mieux référencés, pour trouver éventuellement un sens consacré par l'usage ou même un néologisme qui puissent assimiler l'appel au boycottage commercial d'un pays à un acte de racisme. Les faits qui ont conduit Alima Boumediene et Omar Slaouti à comparaître devant la justice française ne sont ni recensés dans les glossaires des insultes racistes ni pouvant l'être sous peu. Certes, la poétique sioniste est très fertile et il faut lui rendre cette justice qu'elle pond de temps à autre un beau néologisme (1) que le commun des hommes ne peut comprendre à la volée, mais de là à ce que la lutte pacifiste contre l'occupation devienne synonyme d'antisémitisme, il faut bien reconnaître que cette poétique enfourche un cheval ailé, un Pégase ou un dada de même sang, chargé de porter les éclairs et le tonnerre sur la cité francophone! Sammy Ghozlane ne le sait peut-être pas, ou l'a oublié, qu'au cœur même de Tel-Aviv, il y a des associations, des intellectuels, des citoyens(2) qui appellent au boycott des produits israéliens! Ces sémites nationaux sont-ils des antisémites, eux-aussi, justiciables et pendables au même titre que leurs acolytes les indigènes d'Europe? Et qu'attendre pour les faire comparaître devant les tribunaux de la France? Et tant qu'à combattre la haine et ses incitateurs, pourquoi exempter de ce bûcher les autochtones coupables du même délit, dont plus d'un -comme poussé par un vœu de pénitence expiatoire- a déjà formulé, en bonne et due forme, une requête de comparution! (3) Des milliers de Français, autant dans de nombreux pays ont péché par pensée et action contre les sionistes, comme Alima Boumediene et Omar Slaouti, par intime conviction que ce péché pour la justice et le respect des droits palestiniens vaut des honneurs et non des autodafés. Mais les sionistes ne l'entendent pas de telle oreille, qui doivent dresser déjà la liste des innombrables "sinistrés" et comptabiliser les dommages et intérêts que les poursuivis en justice auraient à verser à ces "sinistrés"!
Quant aux faits pour lesquels Souhail Chichah est poursuivi en Belgique, là encore, pour oser l'inouï et assimiler la critique d'un État à l'incitation à la haine raciale, il faut enfourcher le même dada ailé et pomper sans modération dans la poétique délirante. L'humanité serait-elle tenue d'aimer Israël, sans qu'elle le sache? Devrait-elle aussi, tant qu'à lui rappeler ses obligations, prêter allégeance à l'État sioniste?

Car c'est pour avoir manqué à des prétendues obligations de cet ordre qu'on traine devant la justice Souhail Chichah. S'il a osé dire, écrire, répéter , voire enseigner et prêcher qu'Israël est un état raciste, en quoi tout cela peut-il constituer un délit, une incitation à la haine raciale? ce
n'est pas un Bagatelles pour un massacre (4), messieurs-dames les Redresseurs de torts antisémites, ni le moindre propos raciste contre les juifs que de taxer de racisme Israël! Cet État est non seulement raciste mais assassin, fasciste, nazi, voleur de terre, spoliateur de droits, terroriste, et c'est peu dire, trop peu dire au vu de tous les crimes dont il est l'auteur.

Et menteur par dessus tout. Lui et sa machine lobbyiste qui persécute Souhail Chichah et ses semblables, dans le prolongement de cette politique raciste qui est au cœur de tous les problèmes du Moyen-Orient. Dès qu'une voix s'élève pour fustiger cette politique, la machine se met en branle, lâche sa meute de chiens de garde, n'a de cesse ni repos qu'elle ait répandu aux quatre coins du monde que telle voix est antisémite, nazie, négationniste et qu'il est du devoir de l'humanité de la proscrire. Ce sont de telles voix qu'on tente d'étouffer à travers les calomnies et les procès montés contre Souhail Chichah(5),
Alima Boumediene et Omar Slaouti . L'indigène du royaume, sa sœur et son frère de la république ont tort d'être instruits, tort de s'être constitué beaucoup d'amis en milieu politique, tort de se faire entendre en milieu juridique et universitaire, tort d'avoir la verve étourdissante, tort d'allier à telle verve l'argument percutant. Et cela n'est pas sans tourner la cervelle aux sionistes et les enrager.

Pourquoi le verbe antisioniste est-il terrifiant?

A un moment où les fedayins semblent pour la plupart sous terre ou sous les verrous, où la résistance armée palestinienne paraît neutralisée ou dissoute d'elle-même (6), le danger immédiat qui menace le plus les sionistes n'est plus
tout à fait à l'intérieur de la Palestine occupée  mais sur les frontières et au-delà. Certes, on lorgne incessamment du côté du Liban et, plus loin, de l'Iran dont la menace hante de façon obsessionnelle Israël. Mais on s'inquiète aussi de ces voix qui montent des pays amis. Le vent de la sédition intellectuelle qui souffle du Nord, faisant vaciller des mythes qu'on
croyait inébranlables et menaçant de se muer en une véritable révolution culturelle se propageant dans le monde entier, est actuellement ce qui terrifie le plus les sionistes. Les intellectuels européens ne se conforment plus à la vieille doxa du continent. Des Collon, Bricmont, Blanrue, Guigue, entre autres plumes arrachées aux ornières du prêt à penser sioniste, ou des artistes de la stature de Dieudonné, se révèlent aussi dangereux, voire plus que les terroristes qui se faisaient autrefois sauter dans un bus ou un café. Les attentats qui faisaient couler du sang juif en Israël drainaient toujours un capital de sympathie humaine, sans compter les autres capitaux. Et cela permettait aussi de se livrer à des représailles, dont l'ampleur est toujours sans commune mesure avec les attentats, sans que cela ne choque outre-mesure les sympathisants (7) ni ne freine le moindrement le flux des capitaux.

Aujourd'hui, ce n'est plus tout à fait le cas. Un peu, beaucoup même parce que la politique de la gâchette facile ne fait plus des dégâts seulement du côté
palestinien, mais aussi parce que ces dégâts qui délient de plus en plus de langues s'avèrent irréparables. Pogrom, Shoah, Holocauste, Antisémitisme, entre autres armes autrefois bien efficaces pour tétaniser la conscience universelle et l'aveugler face aux crimes d'Israël sont désormais sans effet, grippées, rouillées, usées, tout au plus bonnes pour la foire aux ferrailles ou le musée de la propagande, s'il en est un qui pourrait porter ce nom.

"Antisémitisme. Mot sésame, mot magique, il dit tout, il condense en un éclair les
affres du monde moderne. A peine proféré, il impose la circonspection et paralyse la pensée critique. Brandi comme une menace, il enjoint au silence, comme si quelque chose de terrifiant et de sacré était en jeu, condamnant chacun à surveiller ses propos de crainte de blasphémer." C'est en ces termes que Bruno Guigue (8) décrit le mal séculaire tétanisant la conscience humaine et, de nos jours, devenant asservissant, liberticide, insupportable. "Est-il permis de critiquer Israël?" titre son livre Pascal Boniface. "Israël, parlons-en!" lui répliquent Michel Collon et ses amis, titrant le leur. "Sarkosy, Israël et les Juifs" renchérit Paul-Eric Blanrue, au nom de cette nouvelle Europe exaspérée, excédée d'avoir indéfiniment à tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler d'Israël.

Quand il s'appuie sur le fait établi, sur l'image authentique, sur la perception
immédiate corroborée chaque jour par des faits nouveaux, le verbe devient la terreur de celui qui ne peut plus le contrecarrer par le verbe, faute de rhétorique persuasive , c'est-à-dire d'arguments. La litanie de l'holocauste , répétons-le, a fait son temps. Même les enfants de la maison ne veulent plus de cette soupe maison, tant les bons apôtres l'ont déjà affadie. Après Chomsky et Norman Fienkelstein, ce sont des Israéliens qui montent au créneau, allument le feu au domicile. Qui, de nos jours, serait plus nazi que Shlomo Sand, le négateur du peuple juif, qui d'un trait de plume a démoli ce que les mythomanes, pris au piège de leur propre mensonge comme les apprentis sorciers par leur balai, en étaient venus à considérer plus qu'apodictique?Grâce à ces plumes qui n'opinent plus dans le sens de l'assentiment et du consentement pro-israélien, une conscience humaine nouvelle s'est érigée un peu partout, libérée du sentiment de culpabilité de l'après-guerre, et refusant d'endosser le prêt à penser quand il s'agit de traiter de l'antisémitisme ou du sionisme. Ce sont ces plumes qui terrifient désormais Israël, par ce que de plus en plus virulentes et porteuses des pires virus.

Les Gazaouis de l'Occident

Quand les chiens de garde sionistes se sont révélés incapables de se mesurer intellectuellement à Norman Finkelstein, ils ont décrété le blocus autour de lui. Ils ont tout fait pour l'affamer en vue de le mettre à genoux. Après les campagnes de diffamation, on a claqué à son nez les portes de l'université. Et à ce jour, Norman Finkelstein est interdit d'enseigner. Mais ces redresseurs de torts ne pouvaient pas prévoir l'effet pervers de leur hargne, le contrecoup d'un tel coup bas. Depuis qu'il est devenu Gazaoui aux USA, Norman Finkelstein ne cesse de gagner en popularité comme en autorité dans le monde entier. Son nom et son œuvre n'en sont que plus rayonnants, cités et sollicités, alors que le sionisme n'en est que plus pitoyable et dénudé.

Avec Paul-Eric Blanrue en France, c'est encore un autre Gazaoui à qui on a voulu transmettre la même leçon. "Écris
ce que tu veux, mais tu seras interdit de circuler. Pas un éditeur ni un diffuseur français n'autoriseront tes livres à se faire lire." Néanmoins, toujours par effet de cette publicité indirecte que les sionistes ont faite à l'exclu de l'édition et diffusion locales, jamais Paul-Éric Blanrue n'a été aussi lu et connu que depuis sa mise en disgrâce par ses éditeurs et diffuseurs français.

Ce n'est pas sans rappeler le sot procès intenté à Flaubert il y a un siècle et demi et qui a fait aussi bien la célébrité de Madame Bovary que celle de l'auteur. Ce n'est pas sans rappeler non plus qu'il y a sept ans, un comique frappé d'ostracisme par la plupart des plateaux de télévision française, lui aussi indigène et Gazaoui de la République, était considéré comme fini. Olivier Mukuna, qui n'a
cessé de le suivre depuis écrit:" Depuis des années, il fait systématiquement salle comble dans toutes les villes francophones où il se produit. Il donne ses spectacles à guichets fermés à Londres, Dublin, Beyrouth ou Alger. Son dernier show intitulé « Mahmoud », joué dans son théâtre parisien, cartonne depuis le mois de juin avec plus d’un millier de spectateurs par semaine. Au-delà de ses engagements politiques, beaucoup - y compris parmi ses pairs - reconnaissent son talent artistique et, pour certains, s’en inspirent. Tout cela, malgré un discours médiatique français qui, depuis six ans, garde le silence sur chacun de ses nouveaux spectacles et le qualifie, contre toute réalité, « d’ex-humoriste » (9). Voila ce qu'il est advenu de Dieudonné que les sionistes clouent au pilori depuis sept ans.

Conclusion

Ce qui se trame actuellement contre les trois indigènes instruits de l'Europe , dont les récentes tribulations ne tarderont pas à produire l'effet non escompté par leurs détracteurs, est du même ordre.


Alima est sénatrice et couverte du pied en cap de diplômes, Omar professeur de physique-chimie et porte-parole d'un parti politique (10), Souhail assistant et chercheur à l'ULB. Déjà ces trois indigènes hors-normes ne sont pas là où ils auraient dû être. Le siège au parlement, la fonction politique, la chaire professorale ne devraient pas être prostitués, confiés à des Omar et consort. Si, en plus, ces Omar et consort ne se conforment pas à un code de conduite censé les tenir à l'écart de la liberté d'expression, du moins à celle qui touche à Israël, Israël étant comme la Shoah, pas seulement sacrée, c'est-à-dire incriticable, mais imprononçable sans le kippa ou l'étoile! s'ils contestent la prérogative autochtone..juive s'entend, ils deviennent alors franchement encombrants (11).

Indigènes à suivre...

A. Amri

08.10.10
1- En matière de néologisme sémantique, on doit déjà à Joël Kotchk "la nakba juive" qui désigne l'émigration massive des juifs du Maghreb et du Moyen-Orient vers Israël. Joël Kotchk fait table rase des révélations et témoignages accablants publiés par Naeim Gilad, juif irakien, dans son livre Ben Gurion's Scandals: How the Haganah and the Mossad Eliminated Jews.
Pas étonnant dès lors qu'au lendemain de la Guerre de Gaza qui a fait plus de 1300 morts palestiniens, dont les deux tiers sont des enfants et des femmes, sans compter les dégâts matériels, les sinistrés de cette guerre (dans la poétique de Sammy Ghozlane) soient israéliens. Demain, l'on nous dira que l'occupant c'est le Palestinien! et les pauvres Israéliens demanderont à être libérés des colons arabes. Et Joël Kotchk et Sammy Ghozlane en appelleront au sens de la justice des Nations-Unies pour en prendre acte.

2- " Nous, en tant que citoyens israéliens, élevons la voix pour appeler les dirigeants de l'UE: utilisez des sanctions contre la politique brutale d'Israël et joignez-vous aux protestations actives de la Bolivie et du Venezuela. Nous lançons un appel aux citoyens de l'Europe: s'il vous plaît, participez à l'appel de l'Organisation palestinienne des droits de l'homme , soutenu par plus de 540 citoyens israéliens... Boycottez les produits israéliens et les institutions israéliennes; suivez des résolutions telles que celles prises par les villes d'Athènes, Birmingham et Cambridge (États-Unis). C'est la seule voie à gauche. Aidez-nous tous, s'il vous plaît!.."
Ceci est extrait d'une lettre ouverte à l'opinion publique européenne, publiée par le Guardian en date du 17 janvier 2009 et signée:
- Professeur Yoram Carmeli (Haifa University)
- Professeur Rachel Giora (Tel Aviv University)
- Dr Anat Matar (Tel Aviv University
- Jonathan Pollak
- Dr Kobi Snitz Technion ( Israel Institute of Technology)
et 17 autres citoyens israéliens
Source

De son côté, l’ICAHD (Comité Israélien contre la démolition des maisons palestiniennes) qui a déjà soutenu BDS dès sa création, a lancé un nouvel appel au boycott d'Israël, dans lequel elle s'adresse à la communauté internationale - les Nations unies, les gouvernements, les partis politiques, les organisations pour les droits humains et politiques, les syndicats, les communautés universitaires et les organisations confessionnelles, de même que les particuliers concernés pour mettre en vigueur le boycott.
Source


3- Pour manifester sa solidarité avec Alima Boumediene et Omar Slaouti,
Jean-Guy Greilsamer, membre de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), a envoyé une lettre ouverte au Président du Tribunal correctionnel de Pontoise dans laquelle il demande à comparaître lui aussi comme accusé.

4- Pamphlet antisémite de Louis-Ferdinand Céline.

5- Pour les détails des griefs reprochés à Chichah, Aurore Van Opstal et Olivier Mukuna ont écrit deux excellents articles qui font toute la lumière sur cette affaire:
Passion sioniste à l'ULB - par Aurore Van Opstal
Cabale sioniste contre Souhail Chichah - par Olivier Mukuna

6- Ce qui n'est pas tout à fait juste, en vérité, compte tenu de toutes les fractions qui soutiennent encore la voie de la lutte armée, que ce soit à Gaza et en Cisjordanie ou dans les camps de réfugiés des pays frontaliers.

7- Au moment où Israël commettait les massacres de Jénine en 2002, Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations Unies, ne trouve mieux à déclarer que: "nous condamnons tout excès de violence"

8- Pour avoir écrit l'article dont ces mots sont extraits Bruno Guigue qui occupait le poste de sous-préfet a été démis de sa fonction.

9- Interview d'Olivier Mukuna : http://afiavi.free.fr/e_magazine/spip.php?article1337

10- NPA (Nouveau Parti anticapitaliste).

11- Souhail Chichah a été menacé à plusieurs reprises de mort et a été agressé au couteau alors qu'il sortait de son domicile.
_________
Liens externes:

- La pétition de soutien à Souhail Chichah et Marc Van Damme

-Témoignage de Serge Grossvak en vue du procès contre Alima Boumédiene et Omar Slaouti pour leur participation à une action de boycott de produits israéliens

- Demande de comparution - par Jean-Guy Greilsamer

- Passion sioniste à l'ULB - par Aurore Van Opstal


lundi 4 octobre 2010

Celui qui injuriat sa mère par amour du sein nourricier

Il s’appelait Boucetta, ou on l’appelait comme tel.
Il devait avoir la soixantaine, un peu moins, un peu plus, quand il est mort. Je dis « mort » car je présume qu'il n'est plus de ce monde, ne l’ayant revu nulle part depuis une bonne trentaine d’années. Et la dernière fois que je l’avais vu, comme la première dix ou quinze ans plutôt, Boucetta était plein comme un sac. Assez comme toujours pour baver sur les honnêtes citoyens, disons surtout leurs respectables institutions, leurs symboles sacrés, leurs amulettes, gris-gris, talismans et fétiches de patriotisme à la con, comme il disait, et tout le bataclan. Et se faire immédiatement jeter après en tôle. Médire de la Patrie et la maudire en un tel état d'ébriété, profaner ce qu'elle a de plus saint et, sauf votre respect, du pied en cap! était l'air à boire de Boucetta.
Heureusement qu'il y a la tôle! parce que sans ça, bonjour les dégâts! Vous conviendrez que ceux qui ont inventé la tôle, les premiers bâtisseurs de ces merveilles nées en même temps que la société policée, l'ont fait d'abord, voire exclusivement, par amour de la Patrie. Car il n'est de peste qui puisse inquiéter l'humanité, et à sa tête ceux qui ont l'ingrate tâche de l'en préserver, que l'impiété patriotique.
Boucetta était-il un impie patriotique?
Aux dires de ses vieux compagnons de tasse, le bonhomme n'était assurément ni saint ni apôtre en matière de piété patriotique. Mais ce n’était pas non plus le scélérat justiciable et pendable, et voici pourquoi. D'abord il n'était pas communiste! ni socialiste d'ailleurs. Ni anarchiste. Ni nationaliste. Ni -cela va de soi- intégriste, sauf à se méprendre un peu sur les vignes ou les palmes du Seigneur qui alimentaient son Courant. Opposant, traître, vendu, tous ces qualificatifs s'avèrent impropres à son sujet. Maboul alors? Timbré, et assez, pour se permettre un tel « air à boire»? Se le permettre et l’adopter comme style de vie, ou plutôt principe de survie tant qu'il fut de ce monde.
Non! que non! vous jureraient ses vieux compagnons de tasse. "Mais c'était par amour du sein nourricier que le scélérat insultait sa mère!" Il aurait été même, sauf respect des patriotes décorés de toutes les légions, plus patriotique que le meilleur de vous et moi. Mais il ne lui venait jamais à l'esprit de s'aligner comme vous et moi devant une perche sur laquelle un drapeau est perché pour saluer le drapeau. Ou même seulement la perche! "Pasque c'est pas un salut à vot' dapô qui m' faut à moi, pour mon salut!" qu'il disait Boucetta, quand quelqu'un le narguait là-dessus, manière de dérider un peu l'assemblée.

Et sans le moindrement vouloir faire l'apologie, n'en déplaise à Dieu! de l'impiété patriotique, je dirais qu'il aurait eu tout à fait raison de formuler et soutenir son pasque, ce scélérat d'ivrogne. Jamais salut en bonne et due forme patriotique ne lui assura parcelle de salut! l'injure patriotique, elle, tapageuse et assortie de la marche civile qui lui fut constamment associée, sauva toute sa vie feu Boucetta!
D'ailleurs, sa marche à Boucetta ne pouvait s'accommoder d'aucun alignement ni de perche aucune. Marche, comme la militaire, sauf que la sienne était civile, individuelle et plus dévote! L’injure à la Patrie, à ses dirigeants, était en quelque sorte son hymne national à lui. Et il ne manquait jamais de le scander en lieu et temps opportuns, ni ne se permettait de brider son zèle quand, le dernier verre vidé, il sortait du bistrot, se plantait au milieu de la rue la plus animée, se criait: "marche!" et de sa voix de ténor éraillée par l’alcool et le tabac, titubant mais décidé dans sa marche, s’acquittait ainsi de son devoir de patriote pas comme les autres.
Évidemment, dans une ville où le spectacle était souvent l'œuvre improvisée de la rue -il y avait deux salles de cinéma mais les chefs-d'œuvres de Hollywood pâliraient devant les productions inouïes de nos bars- la marche de Boucetta drainait toujours son fervent public. Badauds, touristes, clients des cafés avoisinants s'attroupaient sur le lieu dès qu'ils entendaient sonner le clairon du Patriote. La circulation s'arrêtait, les commerces suspendaient leurs activités, les balcons qui surplombaient la rue se bariolaient de leurs couleurs féminines, les pieux remettaient à plus tard l'heure de la prière. Et tout le monde prenait sa part à ce spectacle gratuit où l'on pouvait littéralement se tenir les côtes de rire. Il y avait même parmi les touristes quelques objectifs, férus d'art et d'insolite, qui se braquaient sur la scène, immortalisant cet instant qui rajoutait au dépaysement. Ça durait ce que cela pouvait durer, mais il y a toujours un moment où la police doit s'amener quand même -c'est toujours au beau milieu de la marche- non sans froisser une partie du public, pour remettre de l'ordre dans la rue. Et pour ce faire il fallait juste que le fauteur de trouble soit jeté dans le panier. Et que celui-ci ait immédiatement mené sa salade au commissariat.
Vous voulez savoir ce qui faisait sortir du moule commun un tel patriote, la raison de cette conduite, d'aucuns diraient inconduite, qu’aucun code de conduite civique ne reconnaisse ni ne puisse intégrer comme exemple à suivre, pour le bonheur de « bons citoyens » que nous sommes ?
C'est une histoire rocambolesque, pas nécessairement des mieux édifiante, mais puisque je l'ai déjà entamée, je n'ai d'autre choix que la mener à son dénouement. En vérité, de son vivant Boucetta était ce que l’on peut appeler rétrospectivement un SDF. Sans doute le meilleur de son rang, inégalé, sans pair aucun ni en Tunisie ni dans les pays mêmes où les SDF ont acquis ce statut de citoyens à part entière en même temps que ce sigle qui le dit si bien. Et cet SDF qui est parti un jour sans trop se faire remarquer, si ce n'est par des nostalgiques du "bon vieux temps" qui l'évoquent parfois à travers une anecdote comme celle-ci, avait une longue histoire bien ancrée dans le passé. Une histoire qui remonte à l'époque de la Tunisie beylicale. Et qui s'enchâsse aussi dans celle du protectorat français.
Du temps où ce protectorat avait encore quelques belles années devant lui, le premier à l’avoir insulté en public, et à cor et à cri, était Boucetta. Et c'était pour lui dire, à lui ou ses institutions protectrices, qu'en fait de protection certains Tunisiens espéraient encore qu'ils en seraient assurés tellement ils se sentaient orphelins! C’est vous dire de quelle pâte était ce patriote. Qui des Tunisiens vivant dans les années 30 ou 40 ait pu baver autant que Boucetta sur l’honneur de telle puissance coloniale, un empire qui maintenait sous sa domination on ne sait plus combien de pays répartis sur trois continents au moins ? « France, t'es là, ma coquine ? qu’il disait. Pétain, mais dis-moi combien de pères t'as, putain de maréchal!» Et ce ne serait que deux pâles graines dans le chapelet, encore que l'euphémisme inhérent à la traduction aurait expurgé en bonne partie ces graines, le français le mieux adapté au crû arabe ne pouvant rendre toute sa teneur ni même l’essence de sa verdeur aux propos insultants que Boucetta, dans les vignes ou palmes du Seigneur, vociférait à l’encontre de la République.
A quand remonte le baptême du feu, l’étincelle de la « lutte par insulte » contre l’occupant français ? Je m’étais enquis à ce sujet auprès de quelques vieux compagnons de bar de Boucetta, et confrontant les témoignages des uns et des autres, j'en conclus que la première fois que la gendarmerie française eut à arrêter Boucetta fut une nuit d’hiver. L’année ? D’après le calendrier consigné dans la mémoire des vieux, c’était l’Hiver du Gel. Ce n’est ni lunaire ni grégorien ni républicain mais gabésien, et pas moins digne d'historicité.
Un soir donc, au plus fort de l’Hiver du Gel, plein comme un sac mais sans le sou, Boucetta quitte le bar et fait : « brrr ! ça caille, nom de pipe ! » Il est pourtant drapé de son burnous, coiffé de sa chéchia, a un mégot qui brûle encore entre ses lèvres et les vapeurs de tout ce qu'il a pu biberonner le long du jour ne font que monter! En titubant, il fait deux pas à droite, trois à gauche puis, se ravisant, cinq pas d'affilée derrière! Il a fait demi tour pour demander au premier qui lui barre le chemin à ce qu’on condescende à le laisser cuver son vin sur une table vide! Quand il était bourré, Boucetta parlait toujours fekhi, c'est-à-dire comme les docteurs de foi, les ulémas à qui on prête l'oreille parce que justement on ne les comprend pas. Mais, compris ou pas, Boucetta se fait congédier alors même que sa belle langue vient juste de se délier. Il demande alors à ce qu'on veuille lui servir un dernier verre. "Et que ça saute!" appuie-t-il du ton le plus souverain sa requête. Mais ayant entretemps pivoté d'un demi pas et titubé de deux dans le sens le plus commode à cette valse à trois temps, il a juste le temps de voir claquer la porte à son nez.
Alors, étourdi, grisé autant par l'alcool que par le froid, il s’en va errant, comme Jean Valjean à un moment de ses tribulations. Et sans avoir lu les Misérables, à force de geler il s’écrie : « eurêka !» Et sans plus tarder, il va frapper à la porte de la gendarmerie.
« Messieurs ! dit-il quand on lui ouvre, auriez-vous l’amabilité de m’accueillir chez vous, dans la plus chaude des cellules si possible, jusqu’au lever du jour ? » Soit que les gendarmes étaient eux-mêmes bourrés soit qu'ils n’étaient pas enclins, ce soir-là du moins, à une hospitalité bon enfant, on rabroua sans ménagement Boucetta. Et la porte fut fermée à son nez.
Sans le sou, certes SDF pas mal rodé, mais jamais jusque-là confronté à un Hiver du Gel aussi digne de tel nom, Boucetta se sent subitement aux abois, totalement démuni. Que faire ? Que faire pour trouver le gîte jusqu’au lendemain ?
Pressé par l’envie d’uriner, de déféquer selon une autre version, Boucetta n’eut pas le loisir de chercher un abri pour ce faire. Il en voulait un peu aux gendarmes mais répondant bien plus à un réflexe de vivant qu’à une vraie rancune, il a fait ses besoins sur le seuil même de la gendarmerie. Aurait-il pris sa vessie pour une lanterne alors qu’il prenait dans telle posture ses aises ? ou fût-ce le génie du poivrot illuminé qui s’était éveillé en ce moment-là précis pour lui susurrer l’abracadabra salutaire de circonstance ?
« França, yelli bik wa âlik ! qu’il entonna. Pétain, ya « figues et raisins !» Et même l’arabe et le français bougnoul réunis ne feraient qu'ôter tout son jus à ce que Boucetta, dans sa langue crue intraductible, chanta en cette nuit immémoriale de l’An d’Hiver-Gelant. Sérénade ou aubade, peu importe ! Mais la lourde porte avait cédé. Et les gendarmes se firent de bon cœur hospitaliers. Et Boucetta eut à passer non seulement trois jours dans la cellule de dégrisement, mais trois mois supplémentaires en prison. Pour délit d’offense à la République, ce qui avait l’avantage de mettre Boucetta au rang des fellaghas. Le seul, à ma connaissance, à n'avoir pas eu sa pension d'ancien combattant ni son permis de taxi, et qui s'en foutrait si on le rappelait de sa tombe pour lui demander de réclamer son dû! Il les troquerait volontiers contre trois litres de pinard. Et une marche!
Quand il a fini de purger sa peine, Boucetta a décidé de tourner la page à sa vie de SDF. Finies les nuits à la belle étoile, les matins sans petit-déjeuner, les soirs sans bol de soupe ! Grâce à son premier pécule de libération, il a passé son (premier) jour de libéré à se désaltérer comme un chameau. Un chameau ayant sillonné le désert, 90 jours durant, dans l’abstinence totale. Et s’apprêtant à recommencer la traversée le soir même, dans les meilleures conditions. Son dernier litre injecté sous sa double bosse, il alla faire sa sérénade à la fieffée coquine du protectorat. Celle-ci, au fur et à mesure qu'elle se faisait insulter par cet orphelin, se prit d'amour pour lui. Jusqu'à l'indépendance de la Tunisie, elle lui assura gîte, soupe, grabat en son nom, pécule trimestriel du caoua et le loisir d'insulter la coquine en grande pompe pour être constamment à ses bonnes grâces.
A suivre...
Celui qui injuriat sa mère par amour du sein nourricier (2)
A. Amri
04.10.10