jeudi 29 juillet 2010

Africains, Saint-Cyrois, Novembriens: ils sont faits pour durer

Africains, Saint-Cyrois, Novembriens: les attributs qu'il faut pour mériter la longévité des patriarches. Politiques s'entend. Leurs Excellences Paul Biya et Zine el-Abidine Ben Ali ont tout pour ravir leurs peuples. A eux deux, ils cumulent 51 ans de pouvoir. Un demi siècle d'abnégation totale au service du Cameroun et de la Tunisie. Les droits, les libertés, la démocratie, l'emploi, le niveau de vie décent, quasiment tout ce qu'il faut pour être envié dans ces deux pays est acquis et consolidé. Si vous êtes mécréant ou incrédule, à Allah ne plaise! branchez-vous sur la radio ou demandez leur avis à Bourhen Bsaies et son homologue camerounais.

Ces 6 et 7 novembre, souhaitons aux Africains, Saint-Cyrois et Novembriens longue vie, un autre demi siècle de pouvoir et d'abnégation! Et que la République qui n'a cessé de s'épanouir et prospérer depuis leur accession à la présidence prospère encore et encore s'épanouisse! Pour le bien commun de l'Afrique et de l'humanité!

La fratrie des patriarches

Africains ou Arabes, leurs Excellences qui nous gouvernent appartiennent à la même fratrie. Ce qui les sépare importe peu à côté de ce qui les unit.
Certes, quand vous les alignez côte à côte sur un banc (d'essai), vous ne manquerez pas de remarquer quelques petites différences, des nuances de couleurs, par exemple.
Notre propos n'est pas de disserter là-dessus mais juste de contextualiser une anecdote en noir et blanc que la rumeur attribue à deux chefs d'États africains disparus. Nous disons bien "la rumeur", faute de source documentée à notre connaissance, pouvant confirmer cette anecdote. Si quelqu'un trouve une référence écrite, nous sommes prenant.

On raconte que lors d'une rencontre avec Bourguiba, probablement à la fin des années 70, Senghor aurait conseillé à son homologue tunisien de se retirer sans plus tarder de la scène politique. Sensiblement diminué par la maladie, Bourguiba n'était plus que le fantôme d'un président. Et cela ne pouvait laisser indifférent l'ami qui lui vouait beaucoup d'estime et pensait pouvoir le convaincre de préserver ce qu'il lui restait de sa vieille image glorieuse. On ne sait pas quelle fut au juste la réponse de Bourguiba. Mais Senghor reparti, Bourguiba aurait confié à ses proches quelque chose comme ceci:" Carthage n'est pas Dakar".
Autre anecdote, mais celle-ci authentifiée, quand Bourguiba apprend que Senghor a démissionné de son propre chef avant le terme de son mandat, il semble impressionné, très même, et le dit à ses proches.
Senghor aurait-il quitté le pouvoir pour avoir prévu ce qui l'attendait s'il imitait l'exemple de Bourguiba? Quelle que soit la réponse, on retiendra surtout ceci: toute grande qu'elle ait été, Carthage ne voyait pas aussi loin que Dakar.

Aujourd'hui la Tunisie semble vouée à un destin qui rappelle la triste période de ce qui se tramait autour de Bourguiba, entre 69 et 75. Plus d'un le dit: la présidence à vie n'était pas l'œuvre de Bourguiba ni son vœu personnel. Les éminences grises, les arrivistes de l'ancien parti et les profiteurs de tout bord savaient que leur survie en dépendait. Et ils avaient obtenu ce qu'ils voulaient. Nous sommes persuadé que les trompettistes qui ressuscitent l'allégeance à vie aujourd'hui, autour de Ben Ali,ne sont pas plus nombreux qu'ils ne l'étaient par le passé autour de son prédécesseur. Mais ils sont animés des mêmes motivations, sont tout aussi influents et pourraient bien parvenir à leurs fins.
Quoi qu'il en soit, cela ne fera de mal à personne de se remémorer et remémorer le passé évoqué à travers les anecdotes précédentes et ces deux exemples de pouvoir africains.

En 87, il nous a fallu un Général et une cohorte de toubibs pour en finir avec un pouvoir devenu insupportable. Faudra-t-il attendre que l'histoire se répète pour permettre la seule possibilité d'alternance que les Africains et les Arabes sont en mesure de nous donner?

A. Amri
29.07.2010