mercredi 14 août 2013

Une demi-vérité n'est pas la vérité. Une demi-vérité est un mensonge unijambiste qui titube, claudique, décontextualisant une réalité ou l'amputant d'une part indivise qu'on veut taire, garder dans l'ombre, confisquer. Parce que si minime soit-elle, cette part à occulter n'arrange pas le faussaire, le sophiste, l'auteur de la demi-vérité.
Une demi-vérité est un peu comme le verset coranique tronqué par Abou Naouas dans l'un de ses célèbres poèmes bachiques pour nous dire que les pécheurs ne sont pas ceux qui boivent le vin mais ceux qui font la prière: "ويل للمصلين Malheur à ceux qui prient!".

Ceux qui évoquent la journée sanglante de ce 14 août égyptien et en font assumer la responsabilité au seul pouvoir militaire tronquent fâcheusement la vérité, qui déchargent de toute responsabilité les pro-Morsi et présentent ceux-ci comme des victimes à part entière, subissant une injuste réaction musclée du pouvoir. Comme si l'état-major des Frères musulmans, de par son intransigeance, son refus de tout compromis, ses enchères et surenchères jihadistes et le climat de violence qui s'ensuit et sévit , n'assume aucune part de responsabilité dans ce qui s'est produit.
Ils tronquent grossièrement la vérité, qui ne nous disent pas que les victimaires objectifs qui ont tué aujourd'hui sont bien plus dans le camp des pro-Morsi que le camp militaire. Qui réclamait à cor et à cri la mort en martyr plutôt que la levée des sit-in, tout en faisant abstraction des milliers, voire millions de Cairotes pris en otages, réduits à une population colonisée dans ses quartiers quasiment bouclés depuis un mois et demi? Qui ronflait dans les tribunes de ces rassemblements permanents les appels à la chahada plutôt que de modérer l'ardeur des zélateurs et prévenir le chaos?
Ils tronquent grossièrement la vérité, qui ne nous disent pas que ces Frères sont armés et ont riposté aux lacrymogènes par le feu ni que les morts ne sont pas d'un seul camp.
Ils tronquent grossièrement la vérité, qui ne nous disent pas que ces Frères ont obtenu en définitive ce qu'ils voulaient, le pourrissement, l'huile à mettre sur le feu, la mécanique de l'escalade, le sang des martyrs afin de récupérer, ou espérer récupérer quelque chose de ce qu'ils ont perdu aux yeux du monde entier le 30 juin dernier.
Ils tronquent grossièrement la vérité, qui ne nous disent pas que les Frères musulmans parient sur la violence pour tenter de rafistoler une légitimité de pouvoir que la volonté du peuple a rendue caduque.
Ils tronquent grossièrement la vérité, qui ne nous disent pas que si l’Égypte est aujourd'hui endeuillée, divisée en deux et menacée de vivre un scénario qui rappelle la décennie sanglante de l'Algérie, ce n'est pas seulement "la faute à Voltaire" ou celle du pouvoir militaire, mais c'est aussi et surtout la faute des Frères musulmans cupides de pouvoir et se fichant éperdument de l'intérêt national de leur pays.

A.Amri
14 août 2013