jeudi 7 mars 2013

Hasta Siempre, Hugo Chavez!



Qu’importe où nous surprendra la mort ; qu’elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une autre main se tende pour empoigner nos armes. (Guevara)


Quand j'ai vu ce cortège mercredi(1), Monsieur le Président, quand j'ai vu Caracas et ces épaisses marées humaines, tout le pays de Bolivar et peut-être même, déplacés d'avance pour aujourd'hui(2),  de nombreux frères d'Amérique latine, quand j'ai vu ces mines éplorées, les foules endeuillées, les enfants qui n'étaient pas là -on voyait cela dans leurs yeux, pour la gloire de passer à la télé, les pancartes qu'on tenait, avec des messages  qu'il n'est pas besoin de soumettre à un traducteur pour les soupçonner poignants et savoir de quel amour le Vénézuélien, ou tout autre soudé à la même foule, honore à travers sa dépouille Chavez, j'ai dit, non sans tristesse de ne pouvoir être plus près pour mieux vivre cet instant de communion humaine par excellence ce que je reproduis ici, et sans besoin de fioriture aucune -je pense:" voilà un homme, un président que son peuple ni ses amis n'enterreraient de si tôt."

Non, pas de sitôt, Monsieur le Président.
A l'instant où je vous écris ces lignes -je souligne
"vous écrit", Caracas et des centaines de millions derrière leurs télés dans le monde s'apprêtent à vous rendre les honneurs qui sont les vôtres. J'ai vu -nous avons été des millions à voir, d'autres cortèges par le passé, d'autres marées humaines. Le dernier, si ma mémoire ne me trompe pas, remonte aux funérailles de Diana en 97. Ce n'était pas pour la même communion ni une communion de saints arabes, mais je n'avais pu résister quand même au désir de la suivre à la télé. Sans doute bien plus pour le côté romantique et romanesque -cette histoire d'amour tragique sur laquelle, à l'époque, les médias s'étaient focalisés pour un bon bout de temps, entre d'une part une princesse, la princesse de Galles, et d'autre part ce bel Arabe jusque-là inconnu(3). Bien que ce dernier soit fils de milliardaire et naturalisé cousin germain de Yankees, cette romance sentimentale qui, à mon sens, sortait du commun rapporté par les échotiers des médias, et jusque dans sa fin qui intrigue encore et passionne beaucoup de gens, ne s'était pas imposée fortuitement -ni du seul effet médiatique, à l'intérêt de ceux qui l'avaient suivie. Mais parce qu'elle ressuscitait de l'inconscient collectif, et essentiellement pour cette raison-là, ce que nous recevons de nos contes d'enfants, lus ou racontés. Je veux dire l'incarnation vivante d'un amour impossible, parce que les barrières que dresse la doxa des uns et des autres le rendent tel, mais qui s'était réalisé quand même. Chose qui n'arrive que dans les contes de fées, à la faveur d'une baguette magique et d'une bonne sorcière -à quoi ajouter les talents du conteur et les attentes du lecteur ou de l'auditeur. J'ajouterais, concernant ces attentes, que si la mort (accidentelle ou criminelle comme le supposent certains) de ces deux héros de conte à fée ne correspond pas nécessairement aux normes consacrés par le conte, du fait de cette union des deux corps tués dans l'accident, elle concorde quand même avec ces normes, puisqu'elle consacre dans la mort le triomphe final de l'amour.

J'ai vu aussi, et nous avions été des millions à suivre ces Actualités que le cinéma nous servait à l'époque, d'autres cortèges funèbres.
 
Au Caire surtout, il y a un bail: Nasser, Oum Kalthoum, Abdelhalim. Les séquences enregistrées dans ma tête, je crois -en noir et blanc pour Nasser, en couleurs pour les chanteurs, sont à ce jour  indélébiles. Pour ce que j'appellerais la grandeur ineffable des dieux vénérés par leurs dévots, et j'en étais un, dont on ne pouvait se défaire, tant les images crevaient l'écran.
Oh, je sais, Monsieur le Président, comme peut-être le saviez vous-mêmes qui aviez beaucoup d'amour pour les peuples arabes, que c'est dans la nature de l'homme, et des humbles dans notre monde surtout, de s'attacher à tels dieux, d'y aller parfois sans la moindre réserve d'excès, de façon trop impulsive, instinctive, irréfléchie(4). Nos peuples, faute de bonheur dans la prospérité matérielle et politique dont ils rêvent au fil des générations sans jamais y parvenir, trouvent un peu -voire beaucoup- de consolation dans cette vénération pour telle ou telle icône élue, ce culte viscéral -je crois commun aux peuples déshérités- qui comble d'une certaine manière le vide affectif et, plus important encore, le vide dans les tripes. C'est ce qui donnerait son plein sens à "culte viscéral".

Néanmoins, et ce serait vrai pour Nasser comme pour les deux icônes artistiques -à mon sens, sans toutes les qualités extraordinaires de ces trois personnages, sans leur implication chacun à
son niveau propre dans la vie d'une nation, le culte n'aurait pas été si grand(5). Nasser, certes mal servi par l'amère déconvenue historique résultant de la défaite de juin 67, défaite qui nous a marqués à ce jour,  mais ayant quand même son inaltérable aura charismatique, son auréole de caïd chouchouté par les masses, qui, comme vous Monsieur le Président, ne s'était pas incliné devant les Yankees de merde(6), nous l'avions aimé pour cette résistance-là, mais aussi, parce que colonne vertébrale de la résistance, pour le socialisme qui nous tenait -et tient toujours- à cœur. Le panarabisme en soi, même si nous nous y étions investis derrière la stature de celui qui le prônait, sincère et pas seulement qu'à des fins militaires stratégiques -la guerre contre Israël, ne comptait pour nous ni n'avait de credo que dans la mesure où il nous paraissait pièce charnière, incontournable dans le rêve socialiste. Le modèle égyptien, nationalisation du canal de Suez et la révolution agraire, nous permettait d'escompter de futurs acquis socialistes, au fur et à mesure que la charnière soit mise en place, que notre union arabe soit réalisée. Le pétrole surtout, entre les mains de ce "personnel auxiliaire étasunien", ces caniches courbés, aplatis et castrés au service de l'impérialiste yankee et son protégé sioniste dans la région, ne pourrait être écarté de nos rêves. La manne du bonheur commun y résidait. Saisie et ajoutée aux acquis réalisés en Égypte, cette manne ne pourrait que consolider le projet nassériste, le socialisme arabe, et dans le sillage de tel acquis le socialisme à construire et étendre au reste du monde.

C'était cela notre rêve arabe, à travers des frontières rayées, dynamitées sur la carte du monde arabe, condition primordiale sans quoi le triomphe du socialisme resterait pour nous utopie, qui nous attachait au panarabisme de Nasser.

Aujourd'hui, si à son prélude depuis la mort de Bouazizi en Tunisie à la révolution yéménite,  le
Printemps arabe nous avait offert de magnifiques instants que personne ne contesterait, la suite, et vous en saviez quelque chose, Monsieur le Président, laisse bien plus à (en) déchanter qu'à chanter la révolution. En Egypte post-nassérienne,  si les deux chanteurs égyptiens, 40 ans après leur mort, seraient toujours au top des ventes, cassettes et CD confondus, Nasser, je crois, ne se vend plus beaucoup au rayon Politique. Oh, je sais qu'il faut faire la part des choses, ne pas mettre au même panier les vendus et ceux qui résistent encore; néanmoins, je ne me fais plus beaucoup d'illusions pour l'avenir du panarabisme. Je dirais que les millions marchant dans le cortège du Raies ne sont pas, ou plus, aussi romantiques que leurs fans à Abdelhalim et Oum Kalthoum. Je dirais même que s'ils ne sont plus aujourd'hui de ce monde -pour la plupart du moins, seraient - ou sont passés de vieille date dans le rang des parjures

Vous avez vu, Monsieur le Président, ce que les Arabes ont fait de votre frère Saddam? puis de Kaddafi? Vous avez vu ce qu'ils ont fait à la Syrie? Vous avez vu cette haine de chameaux vouée à Bashar? Tout un pays détruit et à détruire jusqu'à la dernière pierre, à transformer en poussière, et c'est ce vers quoi ils espèrent arriver par leur zèle de chameaux, à grand renfort de pétrorials et de sorcellerie noire (qu'ils appellent islamisme) . Et pourquoi, Monsieur le Président? Sauf votre respect, pour la merde de leur Califat et la gloire de leurs barbes! Pour des chimères pourries qui font branler les eunuques! Et vous devinez, Monsieur le Président, comment ces dégénérés vautrés dans toutes les turpitudes du wahabisme s'y prennent pour se branler! Alors qu'Israël est beaucoup plus à portée de leurs frontières s'ils n'étaient dégénérés, que les balles, les canons, les rials, les âmes par-dessus tout envoyées à l'enfer, auraient été plus payants pour la cause palestinienne et le salut arabe, ils ne s'embarrassent pas, même pas, au clair du jour et pour la honte de l'histoire, de donner le derrière à Israël pour l'aider à sortir du pied l'épine syrienne.  Ils collaborent avec l'ennemi des peuples et de la nation, et l'ennemi les tire et jubile!Et il a raison de jubiler. Un à un depuis Nasser à la moitié de Bashar -jusqu'à preuve du contraire, en attendant Nasrallah et Ahmadinejad (qui juste à l'instant, me dit-on, est arrivé à Caracas pour vous rendre ce que lui et son peuple vous doivent) les cartes maîtresses, les atouts que l'ennemi sioniste voulait nous ôter de la main, sont tombés, pour son grand bonheur, ou en passe de tomber actuellement.


Pourrais-je, Monsieur le Président, avant de finir et dans ce que j'ai voulu comme un lot de consolation, compensation morale à celui qui ne peut conter sur une baguette magique, un conte de fées, pour être à ce moment précis au cimetière accueillant votre dépouille, puis-je, abusant et désabusant de la politesse stylistique(6)  me permettre de décharger une mince goutte de la bile qui me monte au gosier?
Ces enculés! ces eunuques tenus en laisse par les Yankees de merde, et les foules par millions qui les encensent et oublient, au delà de tout ce qu'on pourrait leur reprocher- Nasser, Saddam, Kadhafi, Bashar, Nasrallah, et bien d'autres, pour leur infaillible insoumission au diktat sioniste et yankee, cette merde déferlante qui sort des chiottes wahabistes, et pour profaner, prostituer notre révolution et étouffer notre printemps, pourrais-je lui dire, sans manquer à la solennité du moment: "tfouh! pouah, valets du sionisme et des Yankees de merde!"

M
ais qu'importe!
Qu'importe tant qu'il y aura des révolutionnaires, et des vrais, pour rendre au Printemps les roses fanées, au jasmin sa fraicheur immaculée, à la révolution le credo pour lequel elle es née!

Qu'importe tant
qu'il y aura des révolutionnaires, et des vrais, pour la passation d'armes! En Amérique latine comme ici, en Europe comme ailleurs, pour le même combat qui unit, au dessus des bannières raciales, confessionnelles, chauvines -à quelque titre soient-elles, les peuples des cinq continents, le même idéal de bonheur commun loin des haines entretenues par les ennemis du genre humain, tant qu'il y aura des Chavez pour le relai de Hugo, que les peuples diront non aux croisés et croissantés coalisés contre le progrès, la justice, de la fraternité entre les nations, cette merde ne souillera que ses chieurs, porteurs et promoteurs.

Et le moment venu, Monsieur le Président, serment de frère, si ce n'est pas moi qui l'écrirais pour vous sur une feuille comme celle-ci, ce sera mon fils, mon petit-fils, mon arrière petit-fils!

Avant de vous quitter, Monsieur le Président, non pas pour  un moment de dévotion devant ma télé, non pour la grandeur ineffable du frère, ami, camarade, mais pour cette communion humaine évoquée au début de ce texte, je voudrais vous dire, ou lire plutôt ceci, extrait d'un vieux discours
de Castro(8), en fait l'oraison funèbre dédiée au Che, préfaçant le livre posthume de ce dernier, Journal de Bolivie(9). Vous l'avez sûrement lu et aimé ce bel hommage du président cubain à celui qui est devenu depuis l'enfant du monde entier. C'est le passage précédant de peu la fin de l'oraison:


"
Si nous devons dire comment nous voulons que soient nos combattants révolutionnaires, nos militants, nos hommes, nous dirons sans aucune hésitation : qu’ils soient comme le Ché ! Si nous voulons exprimer comment nous voulons que soient les hommes des prochaines générations, nous disons : comme le Ché ! Si nous voulons dire comment nous désirons que nos fils soient éduqués, nuous devons dire sans hésitation : nous voulons qu’ils s’éduquent dans l’esprit du Ché ! Si nous voulons un modèle d’homme qui n’appartienne pas à ce temps mais à l’avenir, en vérité, je vous dis que ce modèle sans tache dans sa conduite, dans ses attitudes, dans sa manière d’agir, ce modèle est le Ché ! Et de tout notre cœur d’enthousiastes révolutionnaires, nous souhaitons que nos fils soient comme le Ché !
"

Je ne pense pas qu'il faille demander à Castro -pour ne pas avoir à léser ses droits d'auteur ou d'orateur, à supposer que le cas s'y prête, l'autorisation de faire mien cet extrait. Et de toutes façons, autorisée ou pas, je vous la dédie à vous, Monsieur le Président, cette citation. A vous Hugo Chavez, avec votre nom en lettres d'or à inscrire à côté du Che.

Pour l'amour qui attache les
peuples d'Amérique latine et vos frères des cinq continents à votre personne.
Pour le charisme qui fait de vous un des nôtres, éclipsant d'un côté le statut présidentiel et ce qui relève de ses prérogatives et privilèges, et d'autre part tout ce qui fait la condition de l'humble, sa  petitesse, sa pauvreté, son anonymat. Il y a un bail que nous voyons autour de nous le populisme vomitif des "nôtres", l'opportunisme savant et bouffon qu'on cultive pour ses bienfaits à la politique politicienne.  Mais seuls les abrutis pourraient soupçonner chez vous une tare du même ordre. L'or et le fer ne sont pas comparables. 
Pour la stature et l'auréole vôtres dues au révolutionnaire juste et irréductible, plus fort que "les Yankees de merde". Et vos coups de gueule, célèbres au monde entier, contre les impérialistes étasuniens, contre Israël, contre le FMI, contre les vampires de ce monde où qu'ils nous saignent, entre tant d'actes de courage vôtres, que nous n'oublierons pas de si tôt.

Pour tant de qualités qui ne peuvent que forcer
l'estime des hommes libres sur cette  terre, je voudrais vous dire, Hugo Chavez:
vous n'êtes pas -pas plus que ne l'était le Che avant vous- d'un seul pays ni d'un seul temps.



Hasta Siempre(10), Hugo Chavez!
 A. Amri
07 et 8.03.13

                                         Commandanté, ces deux vidéos sont à vous:
                                              
                                               Nathalie Cardone: Hasta Siempre

                                        Chavez: Allez au diable, yankees de merde! (*)


*-
Nous sommes le 12 septembre 2008.
Comme il l'a fait par le passé avec Israël, en soutien aux peuples arabes en lutte, le Commandanté donne une claque aux USA:"Allez au diable, Yankees de merde!"

Hugo Rafael Chávez, fidèle à lui-même, payant ric-à-rac les Américains qui viennent d'annoncer l'expulsion de l'ambassadeur bolivien aux USA.
En soutien au peuple frère de Bolivie, le Commandanté ordonne à l'ambassadeur des yankees de quitter le territoire vénézuélien dans les 72h, à compter de ce discours!

Enfant de Bolivar, de Guaicaipuro, de Tupac Amaru, je vous tire mon chapeau!




Notes:

1- 6 mars 2013.

2- 8 mars 2013.
3- Dodi Fayed
4- Exemple de ce culte aliénant, la mort par suicide de nombreuses jeunes filles en Egypte, après l'annonce du décès de leur idole Abdelhlim Hafez.

5- Concernant les deux vedettes de la chanson citées, rappelons que Oum Kalthoum consacrait la plus grosse part des recettes de ses galas pour financer les préparatifs à la guerre de juin 67. A cet égard, même si ses chansons ne sont pas engagés, ses concerts et son abnégation pour les intérêts patriotiques et nationalistes faisaient d'elle, à part entière, une chanteuse engagée. Abdelhalim, quant à lui, il était le chanteur de la Révolution des Officiers Libres. Son soutien à Nasser faisait de lui également, au même titre que Oum Kalthoum, un chanteur engagé.
6- Yankees de merde n'est pas seulement une insulte chère à Chavez (voir vidéo correspondante) mais elle serait aux révolutionnaires de l'Amérique latine ce que pourrait être, pour conjuer le Diable, la meilleure formule d'exorcisme chez les croyants!

7- Par politesse stylistique, c'est surtout à la prétérition que je fais ici allusion.
8- Huit jours après la mort de Che Guvera en Bolivie, les Cubains qui espéraient que les annonces par Les Américains de la capture et l'exécution du Che ne seraient que de l'intox, ayant la certitude là-dessus, organisent à la Havane une veillée funèbre rassemblant une foule monstre, en hommage au héros mort en martyr. A cette occasion, Fidel Castro prononce une oraison funèbre, très bel hommage, qui sera publiée en préface au Journal posthume du Che.

9- Journal de Bolivie, Ernesto Che Guevara, Editions Maspero (c'est la maison à quoi je dois mon vieux exemplaire, sinon ledit Journal a été réédité par plusieurs maisons).
10- Hasta Siempre, en espagnol à l'éternité, jusqu'à toujours, traduit un sermon, une promesse de fidélité.