samedi 2 mars 2013

A Ines

Ines, mastérienne et professeure d'anglais, est présidente de l'Organisation Volonté et Citoyenneté (OVC) qu'elle a fondée avec un groupe de jeunes gabésiens en 2011, au lendemain de la chute de Ben Ali. Grâce à ses actions et aux conférences qu'elle a organisées, l'OVC n'a pas tardé à se faire un honorable renom  en Tunisie. Les invitations périodiques de sa présidente sur les antennes de la RTC et d'Oasis FM ont élargi à l'échelle nationale le champ de cette renommée. Le 10 décembre 2012, Ines devait se faire recevoir par le Président de la république, au Palais de Carthage, pour la commémoration de la journée mondiale des Droits de l'Homme. Même si, à cause d'un contretemps postal empêchant la réception en son temps de l'invitation, la présidente de l'OVC n'a pu se rendre à l'évènement, le rayonnement de l'OVC n'a fait que s'accroître, au fur et à mesure du travail accompli à Gabès. Dès 2012, traversant les frontières nationales, ce rayonnement à permis à la présidente Ines d'être invitée à de nombreux forums et conférences internationaux. Après l'Italie, l'Egypte, la Turquie, et en attendant les USA et l'Allemagne bientôt, Ines a participé à Vienne, du 26 au 28 février 2013, aux travaux d'un colloque sur le thème de l'Alliance des civilisations.

Pour n'avoir pas tenu ma promesse de suivre ses nouvelles sur Facebook, je dédie à Ines ce papier. Et j'espère avoir fait à son endroit,
ici, amende honorable!

Tu me pardonneras, ma petite Noussa, de n'avoir découvert ces photos qu'à l'instant. Mais tu sais
bien que si je ne rôde pas trop souvent autour de ton mur fb, pas plus que je ne rôde autour de leurs murs à tes cadets, ce n'est pas par indifférence à ce que tu fais et donnes à ton pays, avant même d'en honorer ton nom et ta famille. D'ailleurs avec Samih, c'est pareil. J'ai un côté "poule" que tu ne soupçonnes pas, couvrant des ailes la couvée, les poussins, qu'il ne peut trop exposer au soleil de peur que cela fasse des "dégâts". Pas par indifférence, donc, mais parce que je n'ai plus aucun doute que ce que je vous ai transmis à la fois comme père et comme enseignant, à vous deux comme à vos cadets, vous l'avez non seulement acquis au delà de ce que je pouvais espérer, mais vous lui donnez incessamment ce qui fait ma fierté d'être citoyen tunisien.

Oui, je dis bien citoyen TUNISIEN, et non ce qui nous attache en-deçà et au-delà , ici et ailleurs, comme membres de famille.

Oublie, donc un peu, le père et l'enseignant dans ce que je vais te dire ici. Écoute plutôt seulement l'enfant de ton pays, le compatriote -si le préfixe pas très coquet ne te fait pas rire!
La diplomatie du savoir, et ce que le mot englobe, les vertus du multilinguisme, et ce que cette inappréciable panoplie d’autodéfense et de combat donne à celui qui a la chance de s'en armer, l'armature de la culture humaniste, et les possibilités et champs d'action qu'elle nous ouvre pour conquérir dans la cour des grands, à bon droit, ce que la prison de la pensée unique ne permet pas, sans oublier tout ce qui s'acquiert au creuset identitaire et qu'il ne faudra ni concéder ni sacrifier sous aucun prétexte, pour autant qu'il ne soit pas altéré par les faussaires de nos valeurs universelles et de notre histoire, qu'il enrichisse l'humanisme et l'humanité, sont -et devraient l'être toujours- ce qu'il y a de plus précieux à donner au citoyen. Avec le pain, cela va de soi, la dignité, chère à tous les hommes libres, pour laquelle Bouazizi et des centaines de jeunes ont refusé une vie de chiens, la liberté sans quoi il n'y a ni savoir ni pain ni dignité.

A cet égard, le magnifique travail auquel tu t'es attelée de toi-même, honorant le citoyen que je suis, tes combats au sein de
l'OVC pour faire valoir ce pourquoi notre histoire a consenti une révolution et des martyrs, tes percées diplomatiques sur la scène internationale, non seulement sont vitaux pour ton pays, pour ta Tunisie pas trop servie par des tribulations dont elle tarde à sortir, mais réparent aussi d'une certaine manière, pour la Tunisie comme pour les peuples frères et voisins, ces énormes dégâts qu'on dénombre ici comme ailleurs, non sans les attribuer quelquefois à tort (quand par un certain confort intellectuel on cède à la tentation de systématiser et généraliser) à notre culture, notre "race", notre religion, ou nos nationalités, etc.

Je termine. Et je crois qu'il ne sera pas indécent si je renvoie ici la parole à l'enseignant: l'école est l'avenir des peuples. Et dieu merci, ton professeur peut dire qu'il n'a pas failli, de ce côté, à sa mission.
Comme je l'ai fait, quoique plus modestement, pour Samih il y a quelques jours, que je ferai le moment venu pour vos cadets si je suis encore là, et quand ils m'auront prouvé à leur tour que j'ai honoré mon contrat avec tous les poussins, il ne sera pas indécent non plus de te dire, Noussa: il n'y a pas de raison que je ne sois pas fier de toi.

A. Amri
02.03.13