mardi 19 juillet 2011

A la bienveillante attention de M. Béji Caïd Sebsi, Premier Ministre


"Au lieu de discourir sur les libertés et l'avenir de l'humanité, il faut se battre vraiment, sans concession. Pour la liberté et la vie des gens réels, qui vivent aujourd'hui."- Leonid Pliouchtch




Monsieur le Premier Ministre,

A l'heure où le jeune tunisien Yosri Trigui risque en tout instant d'être exécuté à Bagdad, à l'heure où la Tunisie entière attend que son président, son premier ministre ou son ministre des affaires extérieures se rende en Irak et se batte, au corps-à-corps s'il le faut, pour sauver notre jeune compatriote et le faire rapatrier, votre gouvernement provisoire semble camper, hélas, dans l'attentisme, voire l'indifférence.

Pourtant, Monsieur le Premier Ministre, il s'agit ici d'un cas de détresse qui n'autorise aucun laxisme.
Aux dernières nouvelles, le père du condamné qui s'est enquis par téléphone auprès de notre ambassadeur à Bagdad sur les démarches faites sur place, apprend qu'à part des lettres envoyées aux autorités irakiennes, l'ambassadeur n'a demandé à voir ni le président irakien ni son premier ministre ni le ministre des affaires étrangères.

Sauf votre respect Monsieur le Premier Ministre, votre ambassadeur à Bagdad a failli à sa mission diplomatique. On ne traite pas une affaire d'une telle gravité par correspondance. Sauf impotence..diplomatique! Et c'est un bel euphémisme en l’occurrence!

Monsieur le Premier Ministre,

L'heure n'est ni aux supputations politiques ni aux querelles idéologiques. Yosri Trigui est un enfant, une victime de l'ère benalyenne qui fut acculée, comme beaucoup de jeunes de son âge, au désespoir et à la fuite en avant. Et puis ce jeune est allé se battre contre l'occupant américain. Comme se sont battus dans votre jeunesse les fellaghas contre le colon français.
Arrêté alors qu'il était blessé de sept balles, Yosri Trigui a été soumis à la torture. On lui a extorqué des aveux sur mille et un crimes dont il n'a pas commis un. Car résister n'a rien de criminel. Et on l'a jugé quand même et condamné à mort.

Ce Gavroche tunisien qui a eu la chance de survivre mais à qui on réclame avec hargne la tête aurait pu être mon enfant ou le vôtre, Monsieur le Premier Ministre. Nous n'avons pas le droit de le livrer à son triste sort. Nous n'avons pas le droit d'être les complices objectifs de son meurtre. Ni le droit de rajouter au supplice de sa famille tant marquée par l'épreuve depuis 2003. La Tunisie authentique, inaltérable, n'abandonne jamais ses enfants.
Quel que soit le grief qu'on puisse faire à cet enfant-là, c'est le nôtre; et nous nous devons de nous battre vaillamment pour arracher sa tête à la potence. Nous n'avons pas le droit de perdre cette bataille. Il y va de l'honneur de la révolution et l'histoire ne nous pardonnera pas de faillir à tel honneur.

Monsieur le Premier Ministre,

J'en appelle à la conscience de l'homme que vous êtes et à l'honneur de l'instance que vous représentez pour en prendre acte.

Ahmed Amri
Professeur- Gabès
webamri@yahoo.fr

A.Amri
19.07.2011

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