jeudi 28 février 2013

Un procès contre l'intelligence tunisienne

    "C'est une longue lutte historique qui continue, entre d'une part une force rétrograde, passéiste, armée de sa culture de la mort, avec sa violence, sa négation de l'autre, sa pensée unique, sa couleur unique, son souverain unique et sa lecture unique du texte sacré, et d'autre part la pensée qui plaide l'humain, qui évolue dans une perspective plutôt relativiste, laquelle voit dans la Tunisie un jardin à mille fleurs et autant de couleurs, qui autorise la divergence dans la diversité mais régie par les vertus civiques, pacifiques, démocratiques."   
Chokri Belaid - 23 janvier 2012 (Nessma TV)

   

Le procès pour délit d'opinion intenté contre Raja Ben Slama, et sur la base de lois rendues caduques par la révolution tunisienne, n'est plus ni moins qu'un acte de terreur d’État dirigé contre un symbole de la résistance intellectuelle.

Malgré les vulgaires oripeaux dont il est affublé et qui en placent le motif au chapitre diffamatoire(*), ce procès s'inscrit dans le prolongement du travail de sape par quoi la taupe islamiste, depuis tantôt seize mois œuvrant à ronger les bases de l’État, tente de neutraliser le bastion universitaire, l'intelligence et son gratin qui ne lui facilitent pas la tâche. Les croissantades salafistes ayant pour objet les doyens de plusieurs facultés, dont celui de Manouba Habib Kazdaghli, les sordides campagnes de diffamation puis les poursuites judiciaires orchestrées contre ce dernier, entre autres manœuvres visant le système éducatif dans sa totalité, n'étaient que les premiers paliers de la sourde entreprise ciblant nos têtes, qui se poursuit avec hargne, et dans l'enchaînement d'un tel plan machiavélique bien ordonné, à l'ombre de ce nouveau procès.

Ce que les islamistes visent à travers Raja Ben Slama s'inscrit dans la droite ligne de leur sale guerre, engagée bien avant même les élections d'octobre 2011, contre la cervelle de la Tunisie. "Listes noires" d'intellectuels et auteurs à abattre, faute de pouvoir les vacciner contre la pensée, ennemis jurés du projet islamiste à harceler où qu'ils soient debout, à traîner dans la fange, faute de pouvoir les mettre sur la "bonne voie", cheptel à mener par le bout du nez dans les passages cloutés de la pensée cheikhale, volailles de basse-cour à engraisser dans les saintes vertus de l'abrutie. Ce sont là les signes précurseurs de notre future prospérité, là leurs actions boursières à valeur porteuse, qui fructifieront au fur et à mesure que nos têtes, désinfectées de tous les virus de la pensée critique,  se satelliseront à la sainte Kaaba du Wahabisme. Plus nous serons cons, plus les caisses de l'Etat califatif seront renflouées. Alors procès! procès! procès, s'il vous plait!

Dans les divers épisodes de cette incessante chasse aux sorcières visant les politiques, les artistes, les journalistes, les médias qui refusent de s'aplatir devant la dictature naissante des islamistes, après l'escalade des violences conduisant à l'assassinat de Chokri Belaid le 6 février dernier, le procès intenté contre cette irréductible résistante de la pensée éclairée tunisienne, outre qu'il ne peut que susciter l'indignation des femmes et hommes libres de ce pays, n'affectera en rien la détermination des intellectuels, soudés aux forces vives de la Tunisie, à poursuivre sans répit ni compromis de conscience ni concession aucune-de droit ou de liberté- la lutte contre les ennemis jurés de l’intelligence.

A. Amri
1er mars 2013


--------- Prière de signer les pétitions de soutien à Raja Ben Slama:

http://www.petitions24.net/petition_en_faveur_de_raja_benslama_et_pour_les_libertes_en_tunis

http://raja2013.com/raja/
 

*- A la fois parce qu'universitaire ayant voix, opposante de poids et membre de l'état-major de Nidaa Tounes, Raja Ben Slama ne peut que constituer une cible privilégiée pour les tireurs d'élite nahdhaouis. Poursuivie pour avoir provoqué Habib kheder, député à l’ANC et rapporteur général de la constitution, dont elle a "critiqué le rendement et le travail", on comprend bien ici que les vrais tenants et aboutissants de ce procès n'ont rien à voir avec la présumée diffamation dont Ben Slama est accusée.