samedi 17 juillet 2010

Pour Mordechai Vanunu







Dix-huit ans en prison dont onze dans l'isolement total. Puis trois mois encore dans la cellule de l'Inconnu, le trou d'enfer aménagé pour l'isolement de haute sécurité, dans une aile de prison affectée pour l'Anonymat (1). Entre-temps toutes les contraintes de l'assignation à résidence, l'infamie subie au quotidien de celui qui passe pour un traître, sur sa terre d'exil (2), et qu'on traite en paria, les menaces de liquidation physique projetée par le passé au niveau des agents du Mossad et pouvant l'être encore au niveau de ceux qui ne le jugent pas moins méritant que Rabin, assassiné en 95.
Tant de hargne contre ce citoyen du monde (3) que l'État hébreu n'est pas près de faire descendre du pilori interpelle la conscience de tout homme digne de ce nom. Cette injustice criante est intenable. Il est temps, grand temps pour tous ceux qui se sentent concernés par cette interminable Passion, de réagir.


L'Occident peut-il faire mieux?

L'auteur de ces lignes conviendra qu'en ce qui lui incombe dans cette affaire, l'Occident n'est pas resté indifférent. Loin de là, il aurait fait même beaucoup. Mais beaucoup et bien ne sont pas des synonymes. On reconnaît la lutte et les appels incessants d'Amnesty
(4), l'encre qui a coulé et ne cesse pour fustiger l'injustice et demander que Vanunu soit autorisé à quitter Israël. De nombreuses initiatives ont été faites, et largement médiatisées, pour tenter de faire desserrer autour du cou de son porteur le carcan de barbarie. Sans compter les honneurs qui ont été prodigués à l'homme, tant par des universités de grande notoriété que par des fondations et des associations humanitaires. Même au plan affectif, il y eut des âmes charitables pour adopter le fils renié par une partie de sa famille. En somme, l'Occident n'a pas réussi à faire une percée du côté de l'État sioniste mais il ne cesse de couver des yeux le martyr. Alors que pourrait-il faire de mieux?

De mieux: cet Occident peut faire ce qui brisera le fer du carcan!
Dès qu'il comprendra qu'en l'étreignant si fort dans ses bras, le bourreau se gausse de l'insulte qu'on lui souffle dans l'oreille, ou à cor et à cri, en même temps que du doctorat honoraire ou du Nobel alternatif décernés au paria! Comme de tout le bataclan, du reste. Et d'un.

Et de deux: dès que l'Occident aura compris ce qui précède, qu'il arrête de soutenir le bourreau! C'est simple, clair et facile à comprendre dans toutes les langues.

Le seul moyen de sauver Mordechai Vanunu est de tendre nos mains réunies, de tous pays, avec le grappin à mettre, solide et déterminé, sur la main du bourreau. En deçà d'une telle initiative, concertée mais on ne peut plus urgente, nous ne ferons que nous griser les uns les autres, de l'encens agité ça et là et qui risque d'occulter davantage les chaines, quand bien même il honorerait l'enchaîné.

L'argent est le nerf de la guerre (5). Le vieux sage qui l'a dit ailleurs -à bon droit et endroit le redit ici. En boycottant les produits qui viennent d'Israël, code barre 729, et en proclamant que nous le faisons pour le paria, en boycottant les agences touristiques d'Israël, et en proclamant que nous le faisons encore pour le paria , en boycottant BHL, Charbit, Sarko, Strauss-Kahn et Cie (6), et en proclamant que nous le faisons pour le paria, en nous rassemblant dans des sit-in, cet été, devant les ambassades d'Israël avec des pancartes appelant au boycott de ce pays, et en proclamant que nous le faisons pour le
paria, nous verrons fléchir non seulement la main du bourreau mais ses mâchoires, et tout le corps acculé à la déroute inéluctable.

Quand Israël comprendra ce qu'il peut lui en coûter d'être sourde aux cris de l'humanité,
nous aurons déjà gagné cette partie.
Et Mordechai Vanunu sera redevable de son salut aussi bien au consommateur averti qui trie avant de faire ses emplettes qu'à l'intellectuel qui le précède ou le complète par son écrit .


Et les Arabes?

Il y a un an à peu près, au cours d'une interview accordée à une chaîne de télé arabe, Mordechai Vanunu a lancé un vibrant appel aux chefs d'états, arabes entre autres, de lui accorder un passeport, et le plus tôt possible, pour qu'il puisse quitter l'enfer.
Même si le document demandé ne suffirait peut-être pas à exaucer le vœu de cet homme, il est du devoir de ceux qui pourraient faire quelque chose dans ce sens de répondre à l'appel. Les amis d'Israël de par le monde, mais aussi ses "amis" dans la région devraient se disputer l'honneur de faire
rapatrier, coûte que coûte, le plus noble des dissidents.
Majestés, Éminences, Excellences,
Si certains d'entre vous sont accrédités à Tel-Aviv et, n'en déplaise, ils le sont sans notre consentement, avec notre consentement
et assentiment réunis autour de Mordechai Vanunu- que ceux qui ont des ambassades en Israël volent à Tel-Aviv et demandent en leur nom ou le nôtre, peu importe, la rédemption de notre frère!

J'en appelle à la conscience des hommes où qu'ils soient pour en prendre acte.

Gabès, le 03.07.2010

desertpeace.files.wordpress.com

1- Depuis qu'il a e été renvoyé en prison, le 3 mai 2010, Vanunu vit dans un état d'isolement total du monde. Il serait détenu dans la cellule construite aux origines pour enfermer Yigal Amir, dans des conditions qui rappellent les Quartiers de Haute Sécurité en Occident.
Cf. pour amples détails l'article d'Ynet (quotidien hébreu) traduit et publié ici.

2- La thèse d'un Vanunu exilé est soutenue dans une lettre adressée à Vanunu que vous trouveriez ici.

3- Exemple parfait de citoyen du monde, en dehors d'Israël Vanunu est reconnu à l'échelle planétaire comme tel. Il a agi dans le cadre de la désobéissance civile et dénoncé le danger que représente non seulement pour la région, y compris Israël, mais pour le monde entier, l'arsenal nucléaire israélien Les associations de défense de droits de l'homme, des institutions académiques internationales, la Fondation altermondialiste "Prix Nobel Alternatif" ont reconnu le mérite et le courage de Mordechai Vanunu, récompensé à maintes reprises.

4- Tartuferies, et rien de mieux, quand je lis: "
Amnesty International exhorte le gouvernement israélien à ne pas incarcérer Mordechai Vanunu".
Depuis quand les exhortations, les résolutions, les condamnations, les indignations adressées au gouvernement israélien ont été entendues?

5- Proverbe latin (quelquefois attribué à Cicéron).

6- Il va sans dire que les quelques noms donnés ici ne sont qu'un grain dans le chapelet.
Voir
la liste dressée par le journaliste militant José MOVIDAS RUBIO qui concerne quelques entreprises finançant l'État sioniste.