mercredi 20 février 2013

Marcel Khalife: poignée de main au peuple tunisien





Marcel Khalife à Carthage, juillet 2012
(Photo Marcel Khalife)
Je me souviens très bien du long train qui m'a conduit un soir de l'été 81 vers la Tunisie-peuple. J'allais sur la fin des deux décennies inscrites à mon âge, et je pressais alors le temps de s'écouler plus vite pour que je puisse accéder à la cour des grands. Aujourd'hui, nous demandons au temps d'être moins pressé pour que nous puissions achever le poème et garder la verdeur de l'âge.
Je n'oublierai jamais la défense assurée par le peuple tunisien, et de prime abord, au projet de la création engagée pour la cause du pain et des roses. C'est ce peuple qui nous a incités à développer notre langue et la prémunir contre l'usure et la redite épuisante. Et c'est ce que nous avons fait, public et artistes, dans la confiance réciproque et la meilleure des complicités, composant avec les exigences du temps et des goûts qui évoluent incessamment.
Parallèlement et dès le début, nous n'avons pu nous concilier avec le système arabe officiel. Ce système a tôt révélé toute son hypocrisie et sa décadence. De sorte que les choses allaient toujours de pis en pis, jusqu'à l'avènement de la révolution populaire tunisienne. Œuvre de ces héros, jeunes, écoliers à l'âge des fleurs qui suscitent l'admiration et l'étonnement. Ce sont les amants de l'impossible, ceux qui croient avec simplicité que, sans dignité, la vie ne vaut pas d'être vécue.
A Hammamet, bouquets de jasmin pour Marcel Khalife
(Photo Marcel Khalife)
Votre révolution, mes chers amis en Tunisie, est devenue pour nous l'essence et la référence de notre parcours aussi bien artistique qu'humain. Aussi ne trouvons-nous pas étonnant que nos œuvres soient accueillies par vous avec chaleur, soient agrées comme répondant à la volonté du peuple.
L'art a pour seule vocation l'art lui-même, pour autant qu'il parvienne dans ses formes et ses capacité à éveiller les sentiments et transmettre l'idée, à creuser dans la réalité, le cœur humain et le sens même de la vie des tunnels pour l'avenir.
Personne ne peut changer le cours de l'histoire ni faire une révolution s'il n'a pas l'appui d'un pinceau, d'une corde, d'un poème, d'un chant, qui lui permettent de dépister le rêve et parvenir à le réaliser.
Seul l'homme libre peut se séparer de son être exigu et partir vers l'absolu. Y partir en tant que voyageur promeneur, car c'est en réalisant ce voyage continuel que la vie acquiert son sens.

Marcel Khalife
Tunis, 9 juillet 2012

Traduction A. Amri
20.02.2013