dimanche 3 mars 2013

Majda Roumi dans le plus bel épitre d'amour que jamais Tunisien n'ait reçu

C'est trop peu dire que les mots traduits sur ce support vidéo, prononcés depuis Beyrouth par Majida El Roumi,  sont un hommage, beau et éclatant, au peuple tunisien qui l'aime et qu'elle aime.

Trop peu dire que c'est une poignée de main fraternelle, au lendemain de l'assassinat de Chokri Belaid, dédiée depuis les côtes libanaises aux "Aigles indomptables, rois des sommets escarpés", perchés sur les rocs de Carthage, les dignes héritiers du passé phénicien commun, petits enfants de Didon et d'Hannibal.

Trop peu dire! Et les mots ne pourraient que claudiquer ainsi à l'infini avant d'en dire peut-être quelque chose d'approximatif à travers ce qui suit.

C'est une lettre d'Amour, et avec un grand "A",  marquée au sceau de Cupidon, estampillée aux traits du jeune archer, écrite à l'encre, chaude et cursive, d'un cœur livré à nu. Cœur de la diva chouchoute des millions, née sur la scène de Carthage en 1980, qui pétille de ses vers et sa verve, de sa coupe à-ras-bord pleine et fleurant bon le champagne mousseux, dictant à la télé qui la relaie, puis au scribe qui boit, trinque et vous le rapporte tel quel, le plus bel épitre d'amour que jamais Tunisien, de quelque rang ou sang soit-il, n'ait reçu de sa Leyla ou Juliette ni lu!


" La Tunisie surplombe l'univers, à partir de sa baie vitrée avancée dans les domaines culturel et artistique, de par ses valeurs universelles, qui en révèlent la richesse tout autant que l'importance. Il sera très difficile, et c'est peu dire, pour ceux qui tentent d'assombrir cette vitrine, de parvenir à leurs fins[...]  Le peuple tunisien est un génie titanesque: il ne reviendra pas à la bouteille dont il s'est libéré. Ils ne pourront pas mettre à la basse-cour un tel génie.

Quand Bouazizi est mort, le peuple tunisien a fourni une attestation, et des plus émouvante, par quoi il s'est engagé à défendre la liberté. Ce qui est survenu par la suite, c'est la magouille des nations combinant pour chiper les marrons tirés du feu. Ces rapaces extérieurs ne pouvaient laisser les Tunisiens agir et choisir à leur guise.
Les Tunisiens, tels que j'ai connus, sont difficile, trop difficile à remettre en fiole, et faire accepter qu'on remette dessus le bouchon[...] Quelles que soient l'épreuve, l'adversité, ces tribulations et leur durée, la longueur du tunnel et sa noirceur qu'il lui faudra traverser, le peuple tunisien, peuple artiste, instruit, pour qui le ticket de théâtre prime sur le pain à manger, ce peuple d'aigles, rois des sommets, habitués aux sommets, ils ne pourront pas l'apprivoiser! Ils ne pourront pas lui rogner les ailes, faire de lui une volaille de basse-cour. Jamais ils n'y parviendront. C'est dans sa nature à ce peuple, il n'est pas du tout domesticable!

La Tunisie est mon amie de toujours. C'est la compagne de mon parcours artistique. La première fois que j'ai chanté, en 1980, c'était en Tunisie. Je m'en souviens bien, très bien même.
A mes amis, mes bien-aimés avec qui j'ai vécu des nuits inoubliables en Tunisie, à ceux qui, et c'est viscéral, vivent dedans moi, dans mon cœur, de sorte que tout ce qu'ils endurent comme souffrances, je le partage avec eux, à ces fleuristes horticulteurs du Beau, où qu'ils manifestent leur désaveu aux aberrations faites en leur nom, où qu'ils s'attroupent pour écouter un poème arabe, ou écouter dévotement une chanson, ou chanter eux-mêmes en chœur, je leur dis:" l'amour est réciproque." Ce sont eux qui nous ont ouvert en premier les portes de la Tunisie, aux pires moments de nos années de braise, les années de la guerre civile au Liban, et ils ont fait leur,  et au delà de tout ce qu'on peut imaginer, la cause libanaise, à l'exemple de ce public dont l'image est tatouée dans ma tête, qui s'était levé, cinq minutes durant, cinq minutes pour un tonnerre d'applaudissements inoubliables, le jour où j'ai chanté à Carthage pour les enfants de Kana.

Aujourd'hui à mon tour, je voudrais leur rendre la pareille et leur dire:" ma voix est à votre disposition!" S'ils veulent que je chante sur la rue, sur une ligne de feu ou à Carthage, Carthage où toutes les fois que son théâtre m'a accueillie, c'était avec 15 mille sur les gradins, dont les belles grappes chantant en chœur, et du cœur, avec moi.
A ceux-là je dis: en tout lieu et tout moment, ma voix est à leur disposition, si cela peut briser le cerceau de feu qui les entoure."

Propos de Majida Al Roumi, chanteuse libanaise.
Traduits par A. Amri
03.03.2013


Les props de Majida Al Roumi dans leur intégralité:
Vidéo traduite en français