samedi 20 avril 2013

Karakouz, rappelle-moi ta beauté!

En Tunisie, si vous dites "karakouz" tout le monde se tourne vers notre actuel président Marzouki. Avant l'investiture de ce dernier en décembre 2011, sur les réseaux sociaux du web surtout ce n'était qu'un pâle mot peu usité, ou pas du tout "engagé", politiquement parlant. Puis grâce à notre Président -dieu merci, jamais mot tunisien (ou tunisifié) n'a été propulsé si haut, remis en usage sur tant de pages électroniques. En vérité, le mot a été investi d'un pouvoir puissant que l'impuissant président n'a pas. Depuis que ce dernier a acquis sa triste renommée de "pantin" à la faveur de son effacement sous la djobba du gourou et sa stature naine à côté de Jebali, Karakouz est devenu une référence nationale à l'honneur. Sur les pages Facebook et Twitter, il se prodigue et triomphe de l'Aigle national qui ne glatit plus. Nessma TV lui a dédié ses guignols, Attounsia s'est fait jeter en prison son directeur à cause de ses piquants embarrassant Ennhdha. Et pour la gloire de la Tunisie et son président, il a conquis le reste du monde. Les dernières éditions de dictionnaires français lui consacrent de bels articles. Google l'a inscrit dans une flopée d'occurrences dédiées à la politique tunisienne. Bref, il est devenu presque notre vitrine méditerranéenne, auréolée des lumières de la Troïka, qui rayonne pour nous sur le reste du monde!

Mais qu'en sait-on au juste à part ce qui revient au sobriquet de Marzouki?

Le Tunisien moyen, le jeune surtout, sûrement pas grand chose. Les vieux probablement se souviennent encore d'un Karakouz qui égayait autrefois les soirées de ramadan. Au bon vieux temps où il n'y avait pas encore ni cinéma ni théâtre, c'était dans les cafés-chanta (cafés chantants) qu'on allait voir jouer ces deux personnages en marionnettes, l'un incarnant l'homme du peuple, l'illettré Karakouz كركوز, l'autre un pontife du savoir qui parlait incessamment en pédant, Hacif حصيف .

Depuis les Ottomans et la Tunisie beylicale, c'est-à-dire 1574, le pays a adopté ce théâtre d'ombres importé de la Turquie et en a fait son premier théâtre.
Mais si, aux origines, le mot Karakouz est turc, le théâtre lui-même a été connu d'abord en Egypte dès le début du 15e et peut-être même avant.

Il semblerait que c'est à l'Inde, puis en Chine, qu'on a vu les premières représentations de ce théâtre.

Aujourd'hui sous le nom de Shadow-light, tout en gagnant l'Occident Karakouz est devenu un art majeur ayant ses titres de noblesse. Entré en Europe dès le 19e siècle, depuis 2009 Karakouz fait partie du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.


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Théâtre de l'ombre (l'Amour et la Guerre)

A.Amri
20.04.2013