samedi 2 février 2013

Illuminé du nimbe des balles: Hussein Marwa - Abdeljabbar Eleuch



C'est du cloaque

de fange et de ténèbres

qu'ils sont venus

des noirs caveaux funèbres

des postiches de mystification

de la sourate de haine

des chiottes de palais

de la bénite sunna assassine

de la doctrine d'encens

ils sont venus

un soir de faim canine

et mirant de leur nuit

le soleil de tes yeux

ils espéraient éteindre

le feu de Sisyphe

cependant les lettres

Phénix immortel

n'ont fait que déployer les ailes

entamant sitôt ton départ

leur essor vers l'apothéose

ils tremblent

devant le feu de Sisyphe

fusils de chimères chargés

ils ont fui

tonnante sous le siège

l'ode de la faim

ils ont fui

le sang du Palestinien

qui avance

de la terre du Liban amoureux

de la citadelle de résistance

inexpugnable

ils ont fui

espérant l'éteindre

ton sang lumineux

et c'est le jour

qui s'est alors embrasé

ton sang est clarté

dans le chaos des destructions

ton sang les hymnes

le patrimoine au pouls vibrant

les syllabes du poème

et leur sang

hémorragie de rats
 


et peste



Abdeljabbar Eleuch
Novembre 1987

Traduction A.Amri
04.02.2013

Du même auteur traduit sur ce blog:

Ils ne passeront pas

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NDT:
- Hussein Marwa (1910-1987), penseur marxiste libanais, membre du PCL, auteur de nombreux écrits dont "Les tendances matérialistes dans la philosophie arabo-musulmane". Mort assassiné le 18 février 1987. Le 18 mai de la même année, Mehdi Amel, poète et philosophe libanais lui aussi, subit le même sort. Cinq plus tard, le 8 juin 1992 c'est Faraj Foda, grande figure de la pensée libre égyptienne, qui est assassiné au Caire. L'ennemi commun de ces trois martyrs de la pensée critique: l'obscurantisme islamiste.- Abdeljabbar Eleuch est un poète et romancier tunisien né à Sfax le 27 juin 1960. C'est assurément l'une des plus belles plumes tunisiennes d'expression arabe, auteur de plusieurs recueils de poésie dont Poésies (1988) et Gollanar (1997), ainsi que de nombreux romans dont Chronique de la cité étrange (2000), roman qui lui a valu le prix Comar d'Or (Tunis, 2001), Ifriqistan (2002) et Procès d'un chien (2007) traduit en français par Hédi Khlil (Centre National de Traduction, 2010).

Abdeljabbar Eleuch est également co-auteur d'un ouvrage collectif paru en langue française:  Enfances tunisiennes, récits recueillis par Sophie Bessis et Leïla Sebbar (Editions Elyzad, 2011).