mercredi 18 mars 2020

Gêne, gêner: deux dérivés arabes, et non franciques


"Parmi les peuples, qui habitaient alors l'Espagne et le Portugal, il y en avait un qui se distinguait par sa civilisation, par son zèle pour les lettres, son goût pour la poésie et par son esprit guerrier et chevaleresque, et dont on ne saurait méconnaître l'influence sur le développement moral et social des pays voisins: je veux parler des Arabes, ordinairement appelés Maures ou Sarrasins. [...] Voisins des Arabes et se trouvant continuellement en contact immédiat avec eux, il n'est pas étonnant, malgré le fanatisme de ce temps-là, que les peuples chrétiens aient commencé insensiblement à oublier leur ancienne haine contre un peuple qui se faisait respecter autant pour son intelligence qu'il s'était fait craindre par sa bravoure. Les Arabes devinrent les maîtres de leurs ennemis dont ils apprirent les arts de la paix et de la guerre et jusqu'à leur langue." (Karl Heinrich Schier) [1]

Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. Cette sagesse que nous devons au proverbe français est d'autant plus frappée de bon sens que la gêne signifiait autrefois "torture". Et sauf pour celui qui la pratique ou s'y soumet par perversion (on songe ici aux adeptes du sadomasochisme), il n'y a pas de plaisir à tirer de la torture. 

Il n'y a pas de plaisir non plus, à mon sens, à constater que le TLFi, probablement par amalgame des deux racines verbales du vieux français, "gehiner" et "gehir", continue à soutenir que "gêne" se tire de l'ancien  bas francique jehhjan signifiant « dire, avouer ». Même s'il donne à croire qu'il se démarque de la vieille thèse faisant de  gêne « une contraction de géhenne » [2], le TLFi semble faire de la coiffe du mot sa chaussure: gehiner, nonobstant son analogie avec jehhjan appartient au 14e siècle. Alors que "gehir", le prototype du verbe "gêner", date du 12e siècle. Or, ce "gehir" qui signifie "avouer, confesser, dire",  dément de manière probante cette filiation infernale. Mais ce n'est pas tout: à mon sens, et j'en donnerai la preuve patente, gehir "avoue et confesse" qu'il est arbi. Il m'a même l'air de dire, paraphrasant Gondebreuf le Frison et détournant l'ire ce dernier contre les mystes de la philologie: « Vous y avez menti, TLFi et consort, Je le vous ferai jehir veuillés ou non. »[3].

Avant de "faire jehir" la vérité à ce propos, rappelons que le vieux sens de "gêne" ("torture pour obtenir un aveu")  semble avoir été maintenu jusqu'à la fin du 16e siècle. En 1581, expliquant le rapport de sens entre "gêne", "géhenne" et "gehir", Etienne Pasquier écrit: "Quand nos sainctes lettres usent du mot de gehenne, c'est pour denoter une peine de mort eternelle. Nous en nostre commun langage practiquons le mot de Gesne, pour une peine que l'on exerce contre un Criminel, pour extorquer de luy la verité du fait, c'est ce que nous appellons autrement, Torture. Nos bons vieux François userent du mot de gehir, pource que l'on pourroit dire autrement faire dire la verité par force, et trouve ce mot en une espece de torture au Roman de Pepin."[4

Ce mot gehir (variantes: jehir, gehier, jhehir, jheir, gihir...[5], gehier) est attesté dès le début du 12e siècle dans le Psautier [6] d'Oxford, au sens de « avouer, confesser, reconnaître ». Mais pas nécessairement par la force de la torture. Gehir, soulignons-le encore une fois, n'était pas synonyme de gehiner, mot dont le déverbal gehine, attesté postérieurement à géhenne, pourrait bien n'être qu'une altération de ce dernier. Et il faut souligner que gehir ne signifiait pas qu'avouer, dire et affirmer étant aussi parmi ses vieux sens [7], quoique pas assez cités dans les références contemporaines.

On rencontre le verbe gehir [8]/ jehir [9] (entre autres variantes [10]) dans de nombreux textes médiévaux dont la Vie de saint Gilles datant d’environ 1150, écrite par le poète anglo-normand Guillaume de Berneville [11]. Et ce premier sens du verbe sur lequel il n'y a pas de désaccord [12], dès qu'on le traite indépendamment de la contamination phonétique et sémantique de "gehine", "gehiner" et "géhenne", ne peut que disqualifier autant par sa forme que par son sens, sa supposée dérivation du jehhjan francique. C'est dans l'arabe « جَهَرَ jahara » [13] (révéler ce qui est caché, rendre manifeste, rendre public, avouer, confesser) [14][15] qu'il faut chercher la racine de « gehir » et son déverbal "gêne". Les textes arabes relatifs aux "جهر الحب jahr al hobb [aveu d'amour] [16], "جهر العداء jahr al îda [aveu d'inimitié] [17], "جهر بالسر jahr bissir [aveu, révélation de secret] [18], etc., ne laissent subsister aucun doute sur la pertinence de la racine arabe.

جَهَرَ jahara, variantes جَاهَرَ jaahara et أَجْهَرَ ajhara, dont la racine trilitère [jhr] est identique à celle du français "gehir" et ses variantes, signifie aussi "éblouir", "impressionner", "saisir par sa beauté" et "creuser". Il a pour déverbal جَهْر jahr (aveu, manifestation, divulgation, éblouissement, impressionnement), جَهْرَةٌ jahra qui, en tant que substantif, signifie beauté et ravissement, et comme adverbe signifie "ouvertement, manifestement", "publiquement", "explicitement", pour adjectifs جهير jahir et جهوري jahwari (se disent respectivement d'une voix élevée et d'une voix de stentor). Et parmi ses autres dérivés (voir copie de l'article "Jahara" ci-dessous), figure جَوْهَرَة jawhara, pluriel جَوَاهِر jawahir (pierre(s) précieuse(s)) qui a donné au français joyau et joaillier [19] , et leurs apparentés à d'autres langues [20]. A ce propos précis, parce que l'arabe جَوْهَرَة jawhara est considéré à tort par Pihan (entre autres) comme un mot emprunté au persan, il convient de corriger cette idée en rappelant que Rhazès, pourtant persan, rattache le concept philosophique الجوهر al jawhar  (l'essence, et nom générique des pierres précieuses) à la racine arabe جهر jahr [21]. 

« De ce jeu sage et amoureux La riche dame fu roÿne, Sy vault savoir tout leur convine, Car tous les fist a tour venir Et leurs secrez d'amours jehir. » (Le Dit du prunier - 1330-1350) [22]

« A ma dame de ma dolour je ne la puis araisonner Ne je ne puis un mot sonner, Einsois pers toute contenance, Scens, vigour, maniere et puissance, Tant sui dou vëoir esperdus, Et tout aussi comme homs perdus Sui, ne je ne li puis gehir Les maus qu'elle me fait sentir. » (Guillaume de Machaut, Le Dit dou vergier, 1340-50) [23]

Article جهر "jahara" tiré du Dictionnaire arabe-anglais de Edward William Lane.

Part 1




Part 2

Part 3
Part 4


A. Amri
18.03.2020



Notes:




2- Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le barbier de Séville, Londres, 1879, p. 129, note 66; -Emile Littré, Dictionnaire de la langue française, Paris, 1875, p. 513;  - Edmond Scherer, Mélanges d'histoire religieuse, Paris, 1865, p. 439
3- Le Galien de Cheltenham, publié par David M. Dougherty, Eugene B. Barnes, Aùsterdam, 1981, p. 147.
4- Des recherches de la France, livre premier et second, plus Un pourparler du prince et quelques dialogues, le tout par Estienne Pasquier, advocat en la Court de Parlement à Paris, Gilles Robinot, Paris, 1581.
5- Frédéric Eugène Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du ixe au xve siècle, V. 4, Classiques Garnier Numérique, 1885 [lien 1], [lien 2].
6- Psautier (recueil de psaumes), emprunté au latin psalterium, du grec ψαλτήριον, psaltếrion, est apparenté à l'arabe بسملة besmala qui est la substantivation de la formile باسم الله bismillah [Au nom de Dieu]. La besmala, en Arabie, est antérieure à l'islam comme en témoigne son usage chez les chrétiens d'Orient. Les Arabes païens de la période préislamique disaient: "باسمك اللهم " [bismika ellahomma] (En ton nom, Elohim [Allah, Dieu]). (Source: إبراهيم المارغني (1415 هـ 1995م). النجوم الطوالع علي الدرر اللوامع في أصل مقرأ الإمام نافع (الطبعة الأولى). بيروت - لبنان. دار الفكر ، ص. 185). Psalmodie et psalmodier permettent de mettre plus en évidence cette parenté.
7- Le Chevalier au cygne et Godefroid de Bouillon, T. 3, Bruxelles, 1859, p. 797.
8- Agnès de Navarre-Champagne, Poésies, Paris, 1856, p. 36;11- Guillaume de Machault, Les Oeuvres, Reims, 1849, p. 37; - Christine de Pisan, Oraisons, enseignements et proverbes moraux, in Oeuvres poétiques, Paris, 1896, p. 38.
9- La chanson du Chevalier au cygne et de Godefroid de Bouillon, Paris, 1874-1877, p. 36; - Amis et Amiles. und Jourdains de Blaivies, Paris, 1852, p. 16;- Lion de Bourges, T. 1, Genève, 1980, p. 439.
10-  Frédéric Eugène Godefroy, opt. cit. [lien 1], [lien 2].
11- Guillaume de Berneville, opt. cit. p. CVI.;- Guillaume de Berneville, opt. cit. p. 11; - Guillaume de Berneville, opt. cit. p. 85
13- Lisan al-Arab sur le portail al-warraq.
14- Freytag, Lexicon Arabico-Latinum, T. 1, Halle-sur-Saale, 1830, p. 317.
15- Edward William Lane, An Arabic-English Lexicon, Book 1, Part 2, Londres, 1865, pp. 474-476
16-  صديق محمد جوهر، تضاريس عاى خرائط الصمت، دار بتانة للنشر والتوزيع، 2016، ص.117
      -  رضا طعيمة، بهدوء..جمال العلاقة الزوجية، رضا طعيمة، 2017، ص. 40
      - محمد يوسف نجم، زار قباني شاعر لكل الأجيال، دار سعاد الصباح للنشر والتوزيغ، 1989
17- حسني محمد البوريني، مرج الزهور، مركز الزيتونة للدراسات والاستشارات، بيروت، 2012، ص. 513
       - ، الدعوى الفاطمية، مكتبة مدبولي، 2005 احمس حسن صبحي
18- مصطفى علوش، خطر البائية والبهائية، دار الأرقم، 1990، ص. 76
       - معركة وليمة لأعشاب البحر في الصحافة العربية، أسامة طيب، ركز بيروت للنشر والمعلومات، 2000
       - شجرة الذاكرة، دار الفارابي، 2007
20- Jewel en anglais, juwel en allemand, joia en catalan, portugais et occitan, joya en espagnol, gioiello en italien, juwell en néerlandais, juvel en suédois [Wikitionnaire].
21-  فرج بالحاج، لسفة الجوهر الفرد في علم الكلام الإسلامي، الدار التونسية للكتاب، 2014، ص. 15
22- Le Dit du prunier: conte moral du Moyen Age, éd° Pierre Yves Badel, Librairie Droz, 1985, p. 62.
23- Guillaume de Machaut, Le dit dou Vergier, in Oeuvres, T. 1, Paris, 1808, p. 50.





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lundi 16 mars 2020

Rachel Corrie ne se battait pas contre des moulins à vent

"Je suis en Palestine depuis deux semaines et une heure, et les mots me manquent encore pour décrire ce que je vois. [...] Je ne sais pas si beaucoup d'enfants ici ont jamais vécu sans voir des trous d'obus dans leurs murs et les miradors d'une armée d'occupation les surveillant constamment depuis les proches alentours.[...] Personne ne peut imaginer ce qu'il se passe avant de l'avoir vu – et même alors, on a toujours conscience que notre expérience ne reflète pas la réalité : du fait des difficultés auxquelles l'armée israélienne serait confrontée si elle tuait un citoyen américain non-armé ; du fait que j'ai, moi, les moyens d'acheter de l'eau quand l'armée détruit des puits et surtout parce que j'ai la possibilité de partir " (Rachel Corrie, citée par Hélène Sallon [1])
 
Au rétroviseur, ce sont tes mots, Rachel Corrie, qui courent après nous. Comme un panache de flammes et de fumée, de part et d'autre s'évasant, au fur et à mesure de l'ascension céleste, autour d'une gerbe d'étincelles dorées. C'est l'auréole de ta couronne, au rétroviseur, qui nous poursuit.

Rachel Corrie
Tes mots et leurs lots de maux trempés dans l'encre de tes affres, indélébiles malgré les tourbillons des ans, les vents et la fumée qui monte, fumée des incendies et des bûchers embrasant le lit de Jésus, ne nous lâcheront pas de si tôt. Et nous voudrions qu'ils nous escortent plutôt que de nous poursuivre, tes mots, pour nous éclairer sur le chemin que tu avais choisi, la foi qui a fait de toi l'une des nôtres, ton combat à mains nues, qui n'était pas contre des moulins à vent [2], mais contre des colons et leurs moulins à café [3] ciblant la résistance légitime d'un  peuple livré à sa solitude, et qui se défend quand même sans répit.

Nous voudrions que tes mots nous escortent après toi, pour le combat tien à ne pas cesser, afin que l'épi de blé redevable à ta foi, à jamais succède au grain mort. A jamais honore ta mémoire.



C'est la 17e chandelle qui nous le redit. Ce sont 17 ans qui suent après nous dans ce long marathon contre l'oubli. Et à chaque relai, la chandelle éteinte et celle qui la suit nous sermonnent de leurs dits: pas de rémission, pas d'oubli. Interdit de tourner leur page aux monstres et leur crime. 

Ce sont, au rétroviseur, 17 ans qui huent la justice à deux poids deux mesures. 17 ans d'appels, de cris, d'indignations contre la honteuse complaisance du soi-disant monde libre, la complicité criminelle de l'Occident avec les assassins.

Mais, sauf respect de ta couronne, petite sœur, leur justice [4]
péripatéticienne et patronne de fieffées putains, ne sait que s’enorgueillir de ses coucheries et faire aux justes causes outrage et injure.
Rachel face au bulldozer assassin


Petite fleur écrabouillée sous le fer de la barbarie, petite sœur qui as répudié le duvet de l'insouciance, la douceur du foyer, les confort moral et matériel, pour t'impliquer dans une cause interpellant ta conscience incorruptible, tous les 16 mars ton sang fleurit. Comme un immense rosier plus fort que les chenilles des bulldozers et les chars de la haine, il nous tend, depuis la terre de ton martyre, chargées de tes fragrances paradisiaques, ses branches fleuries.  

Tous les 16 mars, c'est dans le bain de ton incorruptible parfum que la mémoire des hommes libres devrait se ressourcer.
 
A. Amri
16.03.2020


2- La fin inavouée de ce meurtre au clair du jour et en présence de témoins était de passer, à mon sens, un message faisant de Rachel Corrie une sorte d'avatar de Don Quichotte.

3- Dans l'argot militaire, "moulin à café" désigne la mitraillette.

4- La justice dont il est question ici dépasse le cadre juridique, restreint, des Sionistes: ceux-ci ont déjà débouté les parents de Rachel Corrie dans le procès qu'ils avaient intenté contre l’État d'Israël. Par conséquent, ce sont les instances juridiques internationales, les États et les ONG qui prêchent le "droit d'ingérence" en tel ou tel pays, tout en se l'interdisant dès qu'on leur rappelle d'appliquer ce droit aussi en Israël, qui sont concernés par cette interpellation.




vendredi 13 mars 2020

Coronavirus: la prévention par l'hygiène bucco-nasale

"L'hygiène buccale, les bains de bouche et le gargarisme sont les recommandations les plus importantes qui m'ont été faites par les médecins pour prévenir les infections transmissibles par l'appareil respiratoire ou la bouche." Abd al-Razzāq Nawfal, (1917-1984) [1]


Entre autres règles préventives du coronavirus [2], on préconise le nettoyage régulier des mains, soit avec de l'eau et du savon, soit avec un liquide antiseptique, soit encore avec du gel hydroalcoolique.

Et l'on ne dit rien, curieusement, à propos de la bouche et du nez. Comme si les mains seules seraient contaminables, ou que la bouche et le nez seraient constamment sous le masque anti-viral, ou encore que ce masque ne serait pas à son tour contaminable.

Or, il est de tout intérêt de souligner que le masque, issu du prototype chirurgical, n'a pas été conçu pour protéger son porteur. Le médecin et son équipe opératoire s'en servent à seule fin de préserver la personne opérée, contre les risques d'éventuelles infections, suite à leurs propres éternuements ou toux. Il faut souligner aussi que les masques de ce type, soumis aux contraintes vitales de la respiration, sont tous, à des degrés divers, infiltrables. Et les meilleurs, et dans les conditions les plus optimales -en fin de compte, sont plus ou moins comparables au filtre à air d'une voiture: celui-ci retient les impuretés, les poussières, les particules solides d'une certaine taille, mais ne peut les détruire ni les extraire et acheminer vers l'extérieur, comme la fumée sortant du tuyau d'échappement. Pas plus qu'il ne peut arrêter les particules microscopiques, indécelables à l’œil nu. Et si ce filtre à air n'est pas entretenu de façon périodique, ou remplacé au bout d'un certain parcours, ces particules, quelle qu'en soit la masse, peuvent affecter la santé du moteur. 

Cette analogie des
masques anti-viraux avec la pièce mécanique devrait être encore relativisée. Destinés à un usage unique et n'étant pas nettoyables, les masques ont une durée d'emploi assez limitée, trois heures environ, après quoi il faut les jeter. Et, vu la psychose planétaire du coronavirus, que ce soit en Europe ou ailleurs, en pharmacie ces masques semblent de plus en plus difficile à trouver. Et quand on les trouve, ils sont à des prix de moins en moins abordables, surtout pour les gens de condition modeste.

Mais que devons-nous retenir de cette comparaison ? L'essentiel qui suit. Vous rentrez chez vous pour vous débarrasser d'un masque qu'une sortie impérieuse vous a imposé. Lorsque vous l'ôtez pour le jeter, on vous recommande de vous laver auparavant les mains. Lavez-les; ôtez votre masque; relavez vos mains; mais sachez que vous n'en serez pas quitte pour les risques de contamination. Votre nez et votre bouche, qui sont à moins d'un mètre [3] de vos mains, peuvent avoir été contaminés aussi. Sans compter le reste du visage, la tête et les vêtements. Et comme le degré de filtration des masques varie entre 78% et 98% [4], le risque de contamination directe par ce masque censé vous protéger peut aller aussi de 2 à 22%. 

En prenant en considération tout ce qui précède, il y a lieu de se demander si la négligence, parmi les mesures préventives prônées, de l'hygiène bucco-nasale, voire corporelle intégrale (douche, bain),  ne constitue pas, à bon droit, l'un des facteurs déterminants dans la propagation du coronavirus.

Parce que les spécialistes sont persuadés que l'agent de transmission virale principal est le toucher, soit de personnes infectées par le virus, soit d'objets contaminés [5], on n'a pas songé à "compliquer la vie" des gens par des mesures hygiéniques estimées superflues, alors qu'elles ne sont pas moins salutaires, à mon sens, parce que plus efficaces. Au vu même des "gestes barrières" que, partout, on appelle à renforcer, des nettoyages et des aseptisations qui nous rappellent tant de films américains de science-fiction, et du fait que les poumons constituent le premier foyer d'infection virale et de ses complications, personne parmi ces spécialistes ne serait en mesure de dire, sur des bases probantes, que la simple respiration ne soit pas elle aussi agent de transmission.

A ce propos précis, notons d'abord que notre corps est naturellement doté de son filtre à air, qui fonctionne en gros comme un masque, une sorte d'antiviral intégré à nos voies respiratoires. Quand vous respirez, il y a des milliers de particules qui pénètrent dans votre nez, en même temps que ce corps gazeux appelé air. Et ces particules passent par une douane, des barrières à l'intérieur de vos narines et d'autres dans les replis des muqueuses tapissant votre gosier. Si, par exemple, vous éternuez par allergie à un  pollen, une fumée, une poussière, c'est que la douane en question a refoulé des corps jugés irrecevables, des étrangers sans visa. Et quand vous vous mouchez, vous constatez qu'il y en a encore d'autres corps auxquels cette même douane a refusé le droit d'entrée vers vos poumons. Mais un papier-mouchoir ne suffirait pas à "mettre en corbeille" tout ce que votre nez parque sous l'humeur (glaireuse ou liquide) d'"intrus indésirables". Les virus, un peu à la manière des terroristes bien rodés, peuvent temporiser, rester en travers de ces barreaux que sont les poils de vos narines et y squatter, en attendant le moment propice pour franchir tel bouclier. D'autres, ceux qui s'infiltrent à travers la bouche, sont obligés de se tapir quelque part dans votre gosier, si le mécanisme de l'occlusion du larynx, quand vous mangez, ne les détourne immédiatement vers votre estomac.

Quand on parle de coronavirus, ce filtre à air est, en vérité, votre premier "masque anti-viral". Si le lavage des mains, pour ne pas parler du reste du corps, est incontournable afin de prévenir de ce côté précis le risque de virulence, il n'en reste pas moins que les organes les plus proches de vos poumons ne sont pas les mains. Or, pour renforcer la sécurité de ce masque naturel, comme vous ne pouvez pas le remplacer à la manière d'un filtre pour voiture, vous devez l'entretenir de façon systématique, plusieurs fois par jour, afin d'en déloger à temps les "squatters" dont on parle. 


C'est à ce niveau préventif précis qu'intervient l'hygiène bucco-nasale, laquelle, quoi-que de tout intérêt dans le processus immunitaire,  est quasiment absente dans les recommandations que méde-cins et médias nous serinent, à longueur de journées, depuis le début de cette épidémie. Le gargarisme conjugué au rinçage du nez, opérations appliquées de façon systématique au quotidien, sont d'autant plus recommandés qu'ils ont déjà fait leurs preuves contre certaines pathologies infectieuses comme les angines à streptocoque.

En quoi consiste le gargarisme [6]?


"Les gargarismes, écrit  Alexandre Jamain, sont des liquides simples ou médicamenteux dont on se sert soit pour laver la bouche et le pharynx, soit pour agir sur la muqueuse de ces cavités. Quand on veut se gargariser, on prend dans sa bouche une petite quantité de liquide et l'on renverse la tête en arrière; la base de la langue, venant s'appliquer sur la paroi postérieure du pharynx, empêche le liquide d'être avalé; puis on chasse lentement l'air qu'une longue inspiration avait accumulé dans les poumons. Cette expiration imprime de légères secousses au liquide et détermine un bruit particulier de glouglou. De cette manière, l'isthme du gosier et la partie moyenne du pharynx se trouvent humectés par le liquide du gargarisme. Comme il est impossible de faire une inspiration pendant qu'on se gargarise, on ne peut prolonger longtemps cet exercice; d'ailleurs les muscles, étant dans un état de contraction permanente, ne tarderaient pas à se fatiguer considérablement. Le gargarisme se compose en général de 150 grammes de liquide; le malade doit se gargariser de six à huit fois par jour, selon les indications."[7]

Et le rinçage du nez ?

La méthode la plus simple consiste à verser au creux de la main un peu d'eau, puis d'en aspirer, tête légèrement inclinée vers le haut, de quoi se remplir les narines et d'expirer aussitôt cette eau en se mouchant fortement à l'aide de deux doigts. L'opération doit se répéter trois fois au moins pour un seul rinçage efficace. Et trois rinçages par jour, dont le dernier avant de se coucher, devraient suffire. Il existe aussi des canettes nasales, petits récipients en plastique, spécialement conçus pour le nettoyage du nez, mais l'inhalation et l'expiration répétées et suivies de mouchage sont plus recommandés.

En guise conclusion, je voudrais établir un lien entre le propos de cet article et le témoignage que j'ai reçu d'un ami et publié sur ma chaine Soundcloud. 






A. Amri
12.03.2020


Notes:
1- L'islam et la science (en arabe), al-Nāshirūn al-ʻArab, 1971, p. 146.

2- Je copie ici les 10 recommandations faites par le site médical doctissimo:
   " -Bien se laver les mains, le premier geste-barrière
    - Le gel hydroalcoolique, un allié face aux épidémies
    - Le masque, dans certains cas seulement
    - Ne pas se toucher le visage
    - Nettoyer régulièrement les surfaces et les objets courants
    - Éviter les contacts proches
    - Eviter les lieux très fréquentés, en particulier les hôpitaux
    - Éviter de consommer des produits d’origine animale crus ou mal cuits
    - Respecter les règles d’hygiène en cas de toux
    - Que faire en cas de risque d’exposition au virus ? (Respecter la période d'incubation [15 jours],  si  des symptômes (fièvre, toux ou dyspnée) de coronavirus apparaissent, appeler le 15.)" 


3- Pour se faire une juste idée de ce risque, il faut savoir qu'en Italie, ces jours-ci, dans les commerces encore ouverts ou dans la rue, pour parler à quelqu'un vous devez garder une distance minimale de 3 mètres, périmètre de sécurité à la fois pour vous et pour votre locuteur. 

4- Masque de protection contre le coronavirus

5- "La COVID-19 est transmise par des personnes porteuses du virus. La maladie peut se transmettre d’une personne à l’autre par le biais de gouttelettes respiratoires expulsées par le nez ou par la bouche lorsqu’une personne tousse ou éternue. Ces gouttelettes peuvent se retrouver sur des objets ou des surfaces autour de la personne en question. On peut alors contracter la COVID-19 si on touche ces objets ou ces surfaces et si on se touche ensuite les yeux, le nez ou la bouche. Il est également possible de contracter la COVID-19 en inhalant des gouttelettes d’une personne malade qui vient de tousser ou d’éternuer. C’est pourquoi il est important de se tenir à plus d’un mètre d’une personne malade." Maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).

6- Même si mon propos ici n'est pas de défendre une étymologie [I],[II],[III], le gargarisme, mot issu de l'arabe غرغرة  gharghara (dont le sens est traduit par Antoine Paulin Pihan: "faire entendre un bruit de gargarisation ou un roulement de voix dans le gosier; râler, en parlant d'un agonisant", a été largement traité dans les ouvrages de médecine arabe médiévale, et le mot est attesté dans près de 80 occurrences réparties entre Razi, Avicennes, Al Baïtar, Jaber...

7- Manuel de petite chirurgie, Paris, 1873, p. 73.

dimanche 8 mars 2020

Des secrets philologiques de secret, secrétaire et secrétaire d'Etat



« Je n'ai qu'un but et qu'une ambition: c'est, en apportant ma pierre à l'édifice des connaissances générales, d'initier les gens du monde à celle d'une histoire ignorée hors d'un petit cercle d'érudits; c'est de rappeler à notre souvenir, à notre gratitude, le nom et les bienfaits d'un peuple civilisateur [les Arabes]; c'est enfin d'éveiller sur lui la curiosité, l'intérêt, l'étude, et de me faire suivre, ou plutôt dépasser, dans la route où je ne tracerai que les premiers pas. » Louis Viardot [1].



Du français secrétaire, l'arabe, tant dialectal que standard, a emprunté سكرتير secrétir, forme masculine du mot, et son féminin سكرتيرة  secrétira. Le
mot s'est introduit d'abord en Égypte, dès la fin du 19e siècle. Il a débarqué au pays du Nil en même temps que Napoléon Bonaparte et ses troupes, lors de la campagne d’Égypte (1798-1801). Plus tard سكرتيرية sicrétérya (secrétariat) a rejoint le couple de dérivés arabisés; et les trois mots, assez bien cotés dans la presse écrite comme chez certains écrivains [2], s'étaient petit à petit  répandus dans le reste du monde arabe.


Secrétaire
Il va de soi que des puristes -comme Hafiz Ibrahim à titre d'exemple, ne béniraient pas l'usage de ces mots qu'ils assimilent à "la bave ophidienne souillant l'Euphrate" [3]. Parce que "ifranguis" (selon la prononciation égyptienne), et "la Mer", métaphore donnée à la langue arabe, "dont les entrailles regorgent de perles", se passerait aisément de ces greffes lexicales superflues. Et dans le cas précis de "secrétaire", l'on considère que "كاتب katib" et son féminin "كاتبة katiba", signifiant à la fois secrétaire et écrivain(e), n'ont pas besoin d'être "suppléés" par un mot non arabe

Or, il se trouve que cet emprunt en l'occurrence indésirable n'est, en vérité, que le rapatriement insoupçonné d'un mot dadhien.  C'est un enfant prodigue de l'arabe, utérin de كاتب kateb et سر sirr (secret), comme le sont "dégage!", "rendez-vous", "cabaret", "escroc", "escorte", et bien d'autres mots parmi des milliers, qui ont traversé du sud au nord la Méditerranée, pour enrichir le grec, le latin, les langues romanes et autres, et dont peu seulement, doxa de l'Occident oblige, sont reconnus arabes. De sorte que lorsque l'un de ces mots revient à son giron natif, comme pour "secrétaire", il ne pourrait s'y faire traiter autrement que par la catégorisation insultante: "كلمة دخيلة kelima dakhila" (mot intrus).


Secrétaire et secret: mots arabes ? Absolument. 

Mais voyons d'abord, en substance, ce que le TLFi dit au sujet de « secrétaire »: le terme est attesté  pour la première fois en 1330, dans une chanson de geste à l'honneur de Girart de Roussillon [4], au sens de « confident ». Et en 1370, soit une quarantaine d'années plus tard, le sens du mot évolue pour signifier « secrétaire et notaire [du roi]. »

Ce sur quoi le TLFi n'est pas assez disert, et qui est de la plus haute importance pour l'intelligence de l'étymologie, c'est que le sens premier de "confident" qu'avait le mot, venait de ce que le secrétaire était d'abord "clerc du secret"[5], appellation datant du règne de Philippe IV le Bel (1285-1314), comme l'atteste l'ordonnance royale de 1309 [6]. 

De ce prototype médiéval "clerc du secret", et selon toute apparence par imitation des italiens [7], on a fait "secrétaire" en 1330, au sens de "confident". Et ce qui me semble fort probable, alors même qu'aucun philologue, à ma connaissance, n'a disséqué le mot pour y soupçonner deux composants, c'est que "secrétaire" serait un mot valise constitué de "secré" [8] et du  verbe "taire". 


Or, ce mot valise, pour autant que ma dissection soit juste, et avant de démontrer que son premier composant "secret" dérive de l'arabe, n'est en soi que le calque sémantique d'une vieille expression du jargon administratif arabo-musulman: le كاتم السر katem es-ser [taiseur du secret] [9],[10],[11],[12], métathèse deكاتب السر kateb es-ser [13] [secrétaire du secret] [14],[15],[16],[17], par quoi on appelait le secrétaire d’État [18], depuis le califat abbasside [19] jusqu'à la fin de l'empire ottoman. Il faut noter que l'appellation a pris diverses formes selon le temps, le lieu et la dynastie. Sous Saladin d'abord, puis les miramolins (Emir al-Mouminin) d'Espagne, le kateb es-ser a été appelé tour à tour وزير كاتب wazir kateb [20](ministre secrétaire) puis وزير الدولة wazir ad-dawla [21] (ministre d'Etat), enfin kateb ed-dawla (secrétaire d'Etat) [22],[23][24], [25].

En 1559, le français qui avait fait de "clerc du secret" son "secrétaire", et de "secrétaire" son "secrétaire des commandements", désignation conservée jusqu'au règne de Henri II, a emprunté à l'espagnol son "secrétaire d'estat" [26]. Voyons dans quelles conditions: "Les Secretaires du Roi étoient anciennement appellez, clercs et Notaires du Roi; et pour le nom de secretaire, on
Claude II de L'Aubespine
Secrétaire d'Etat fr. (1547-1567)

l'attribua au commencement à ceux qui étant près de la personne des Rois, recevoient leurs commandemens: on les appella d'abord Notaires secretaires, ou Clercs du secré. Par une ordonnance de 1309, il est porté, qu'il y aura à l'avenir trois Clercs du secré auprès de la personne du Roi. Comme les grands Seigneurs donnerent aussi à leurs Clercs la qualité de secretaires, ceux qui servoient le Roi prirent par distinction le titre de Secretaires des commandement. Cela continua jusqu'au regne de Henri II. Lorsqu'on traita de la paix avec le Roi d'Espagne en 1559, les François remarquerent que les Ministres qui negotioient pour Philippes II, se qualifioient, secretaires d'Etat. Par émulaton les secretaires des commandemens, se firent aussi apeller secretaires d'Etat. "[27].

S'il peut subsister quelque doute sur le fait que "clerc du secret" est bien le calque de l'arabe "kateb es-ser"[28], je crois que ce doute finira par se dissiper sitôt que j'aurai démontré que "secret" est un emprunt à l'arabe.


Que nous dit le TLFi à propos de ce mot, traité dans deux entrées séparées (substantif et adjectif), ayant chacune son historique propre

Le substantif, attesté depuis le début du 12e siècle (première forme:
secrei) au sens de « ce qui doit être tenu caché, ne doit pas être révélé », est rattaché au latin secretum « lieu écarté, retraite, solitude ». Quant à l'adjectif (première forme: secroie), attesté depuis 1150 au sens de « qui se tait, qui est sur la réserve », il est rattaché au latin secretus « spécial; distinct; à l'écart, solitaire, isolé; caché, secret ».

Il est à remarquer que le "t" n'existait pas dans les vieilles formes, et pour dire "secrète", on écrivait "secrée". Il semble que ce "t" n'a été ajouté que pour donner au mot une morphologie l'apparentant au latin secretus et secretum.


Comment dit-on secret en arabe ?

Kitâb sirr al-'asrâr
Secretum secretorum
سِرٌّ sirr, substantif, سِرِّيٌّ sirri, adjectif, pluriel أَسْرَارٌ asrar, dérivé de


سَرْوٌ sarw (noblesse). De cette racine se tirent le français sérail, attesté dès 1410 au sens de « palais d'un sultan », et indument rattaché au persan[29], ainsi que l'ancien français sire (mot dont l'étymologie, dit Littré, est restée longtemps obscure) et l'anglais sir. Et de cette racine se tire Secretum secretorum, traduction latine de l'arabe سر الأسرار sir al asrar,
texte datant du 10e siècle, traduit en deux versions latines, respectivement en 1145 et 1220, puis dans de nombreuses langues vernaculaires, c'est-à-dire rhéto-romanes, ibéro-romanes, parlers d’oïl, dialectes italiens, etc. 

De l'arabe سِرِّيٌّ sirri, avec l'adjonction d'un "c" épenthétique [30] (autrefois se prononçant "g"), le français a fait "secret", de même sens, ayant pour variantes historiques secré, segré, secroi. Le mot est également passé en anglais: secret, en catalan: secret, en espagnol: secreto, en italien: segreto,  en portugais secreto, en roumain : secret, en sarthois : segret [31], et en latin secretus (adj.) et secretum (subs.)

Avant de conclure, il faut rappeler qu'en 1866, Edmond Drouin a publié un dictionnaire comparatif de neuf langues (français, italien, espagnol, latin, allemand, anglais, grec, hébreu et arabe), afin, disait-il, de "les comparer dans leur esprit et leurs radicaux en prenant pour type primitif l'hébreu et l'arabe." Et parmi les nombreux mots arabo-hébraïques, estimés par cet auteur basiques, figure la racine que je soutiens ici [32]. 

De "secret" se tirent de nombreux dérivés dont secrètement, agent secret, code secret, comité secret, maladie secrète, service secret, société secrète, top secret, ultrasecret, secrétage, secréter, sécréter, secréteur, sécréteur, sécrétine, sécrétion, secrétissime, secrétiste, secrétivité, sécrétoire, secreta, secrétairerie, secrétariat, secrétaire d'Etat...

A. Amri
08.03.2020


Notes:

1- Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, V. 1, Paris, 1851, p. IV.

2- Dont Mohamed Amin Fikri Bek (1857-1898), Mohamed Rachid Ridha (1865-1935), Youssef Kamel (1882-1935), Abdelmassih Antaki (1874-1923), Ibrahim Abdelkader el-Mazni (1889-1949), et bien d'autres répertoriés sur le site Al Waraq, sous le mot de recherche" سكرتير ". 

3- Dans une prosopopée en vers dont le locuteur est la langue arabe, Hafiz Ibrahim (1872-1932) écrit:  أَيَهجُرُني قَومي عَفا اللَهُ عَنهُمُ
إِلى لُغَةٍ لَم تَتَّصِلِ بِرُواةِ
سَرَت لوثَةُ الإِفرِنجِ فيها كَما سَرى
لُعَابُ الأَفاعي في مَسيلِ فُراتِ
فَجاءَت كَثَوبٍ ضَمَّ سَبعينَ رُقعَةً
مُشَكَّلَةَ الأَلوانِ مُختَلِفاتِ

Vers que j'ai déjà traduits comme suit:
 Les miens me balanceraient-ils, à Dieu ne plaise
Pour une gueuse de la cuisse gauche née
En qui le jargon ifrangi est injecté
Tout comme la bave ophidienne dans l'Euphrate 
Défroque de soixante-dix haillons ravaudée  
Et fière d'autant de couleurs disparates?

4- Le roman en vers de très-excellent, puissant et noble homme Girart de Rossillon, publié par Mignard , Paris et Dijon, 1858, p. 42.

5- Encyclopédie, T. 3, Paris, 1753, p. 526. 

6- Etienne Pasquier, Les Oeuvres, T. 1, Amsterdam, 1723, p. 787. 

7- Etienne Pasquier, opt. cit. p. 787

8-  Godefroy nous fournit de nombreuses variantes orthographiques (adjectifs et substantifs) attestées en ancien et moyen français, comme: secré, secrei, segrai, segroi (adjectif), et secré, segré, segrei, secroi, segroi (substantif). La même source nous apprend aussi qu'il existait une forme féminine du mot en tant que substatif: secrée. Pour l'adverbe, les variantes ne sont pas moins nombreuses: secreement, secreiement, secreament, secrement, segreement, segrement, soigrement.

9-  Jean Joseph Marcel, Vocabulaire français-arabe des dialectes vulgaires africains, Paris et Alger, 1845, p. 505.

10- Comité de conservation des monuments de l'art arabe, Exercice 1907, fasc. 24, Le Caire, 1908, p. 38.

11- Muḥammad al-Mahdī al- Ḥifnāwī, Contes Du Cheykh Êl-Mohdy, V. 1, Paris, 1833, p. 12.  

12- ابن شاهين الظاهري، زبدة كشف الممالك وبيان الطرق، دار الكتب العلمية، 1997، ص. 83‎

13- Ce terme est attesté en français depuis 1556 sous la plume de Léon l'Africain (dit Jean Léon), qui le rend par "Chetebeessere". (Historiale description de l'Afrique, T. 1, Lyon, 1556, p. 361).
 
14- France: ministère de la guerre, Tableau de la situation des établissements Français dans l'Algérie, V. 4, Paris, 1841, p. 310.

15-  Eugène Daumas, La vie arabe et la société musulmane, Paris, 1869, p. 401. 

16- Paul Eudel, L'orfévrerie algérienne et tunisienne, Paris, 1902, p. 351. 

17- أحمد بن علي/القلقشندي، صبح الأعشى في صناعة الإنشا، ج. 4، دار الكتب العلمية، 2012، ص. 203

18-Atallah Dhina, Les états de l'Occident musulman aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, Office des Publications Universitaires, 1984, p. 151. 

19- تقي الدين المقريزي، المواعظ والاعتبار بذكر الخطط والآثار - الخطط المقريزية - الجزء الثالث، القاهرة، 1977، ص. 97‎ 

20- Charles Romey, Histoire d'Espagne depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, V. 5, Paris, 1839, p. 531.

21- Isidro de las Cagigas, Los mozárabes, V. 1, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Instituto de Estudios Africanos, 1947, p. 573.

22- لسان الدين ابن الخطيب، الإحاطة في أخبار غرناطة، دار الكتب العلمية، 2014، ص. 174

23- أحمد المقري التلمساني، نفح الطيب من غصن الأندلس الرطيب ...، دار الكتب الغلمية، 2011، ص. 105

24- ابن خلكان، وفيات الأعيان وأنباء أبناء الزمان، دار صادر بيروت، ص. 219

25- حلمي محمد القاعود، الرواية التاريخية في أدبنا الحديث، دار الاعتصام، 1990، ص. 216

26- Noël Valois, Le conseil du roi aux XIVe, XVe et XVIe siècles: nouvelles recherches, Slatkine, Genève, 1975, p. 213, note 2.

27- Antoine Furèretière, Dictionnaire universel, T. 3, La Haye, 1771, n.p. 

28- Le kateb es-ser est habilité à signer pour le souverain dont il est tributaire, à consulter les correspondances secrètes que ce souverain échange avec ses pairs ou ses préfets (walis); il préside le conseil de choura (consultation), peut nommer et destituer un fonctionnaire, prononcer un arrêt de mort, etc. Et cette charge, est-il besoin de le dire, n'est confiée qu'à une personne de confiance, discrète, compétente en matière d'administration politique, mais aussi éloquente, maîtrisant la rhétorique et les techniques de communication [Source]. On rapporte à ce propos que, suite à la reconquête de Jérusalem, Saladin avait dit à ses proches:" Ne croyez pas que je sois redevable de cette conquête à l'épée; c'est au calame (plume) d'Al Qadhi (nom de son kateb es-ser) que je la dois."[Source].

29- Wiktionnaire: sérail ; qamous al maâny: سرايا

30- Louis Delâtre, La langue française dans ses rapports avec le Sanscrit, V. 1, Paris, 1854, p. XXXI.

31- Wiktionnaire, secret.https://fr.wiktionary.org/wiki/secret

32- Dictionnaire comparé des langues: Française, italienne, espagnole, latine, allemande, anglaise, grecque, hébraïque et arabe, Caen, 1866, p. 398.




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