Affichage des articles dont le libellé est sionisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est sionisme. Afficher tous les articles

lundi 9 août 2010

Citoyens du monde, taisez-vous, et pas de blasphème!

En vertu de la loi Gayssot qui pénalise le négationnisme, Vincent Reynouard (1) est condamné à un an de prison et 60 ooo euros d'amende.

"Antisémitisme. Mot sésame, mot magique, il dit tout, il condense en un éclair les affres du monde moderne. A peine proféré, il impose la circonspection et paralyse la pensée critique. Brandi comme une menace, il enjoint au silence, comme si quelque chose de terrifiant et de sacré était en jeu, condamnant chacun à surveiller ses propos de crainte de blasphémer." (Bruno Guigue)
Pour avoir écrit ces mots, le Français Bruno Guigue qui occupait le poste de sous-préfet a été limogé. Et considéré comme Persona non grata dans les médias et les milieux qui refusent de s'écarter de la doxa occidentale ou de heurter un tant soit peu le sionisme, fer inébranlable de ses garde-fous.

Pour avoir écrit Sarkosy, Israël et les Juifs, Paul-Eric Blanrue, un autre Français, a été boudé par tous les éditeurs de son pays, et se faisant publier en Belgique(2) tous les circuits de distribution en France lui ont été refusés.

Cela s'est passé dans un pays laïc, que d'aucuns appellent berceau des Lumières et du Droit, et non dans un royaume à droit divin ou pays totalitaire.

Pour avoir écrit l'Industrie de l'Holocauste, le juif américain Norman Gary Finkelstein, fils de rescapés des camps nazis, a été exclu de l'Université DePaul de Chicago où il enseignait les sciences politiques. Chaque jour, il est la cible privilégiée des feux nourris qui attentent à sa réputation et pourraient bien attenter à sa vie, un jour.

Pour avoir écrit "Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine" John Mearsheimer et Stephen Walt, académiciens américains de notoriété universelle, risquent de subir le même sort que Finkelstein, à savoir une carrière et une réputation brisée par le lobby sioniste. Si ce n'est pire.

Cela s'est passé et se passe aux USA, démocratie phare, nous dit-on, et non dans une dictature du tiers monde ou une enclave de l'obscurantisme musulman.

Pour avoir écrit L'Holocauste comme culture, le Hongrois Imre Kertész, qui n'est pas pour autant négationniste, survivant des camps de concentration et lauréat du prix Nobel de Littérature en 2002, du seul fait d'avoir osé dire que le tabou de l'holocauste est une « boule puante morale qui empoisonne inutilement un air déjà suffisamment vicié », et que l'holocauste ne pourrait survivre comme culture qu'à la condition « d’inventer Auschwitz et de créer Auschwitz » est considéré par les bons apôtres comme auteur pour le moins choquant et provocateur.

Pour avoir écrit, signé, conférencé et clamé sur toutes les tribunes son indéfectible solidarité avec les révisionnistes, Noam Chomsky, juif américain, linguiste, philosophe et professeur sollicité et cité dans le monde entier, est considéré en Israël comme pas moins ennemi que le pire fedayin ou terroriste qu'on pourchasse en tout lieu, étant " vu par la droite, mais pas seulement, comme un déserteur, un traître et un ennemi de son peuple » (Haaretz, quotidien hébreu, 18 mai 2010).

Pour s'être inscrits dans la ligne de la dissidence juive et avoir osé démystifier les mythes fondateurs de l'État d'Israël, juifs, citoyens israéliens ou d'autres nationalités, sont soumis aux mêmes campagnes de dénigrement et désignés du doigt comme des antisémites par excellence, les alliés objectifs de l'ennemi traditionnel d'Israël.
Pour avoir écrit "Comment le peuple juif fut inventé. De la Bible au sionisme", l'historien israélien et professeur à l'Université de Tel Aviv depuis 1985 Shlomo Sand, du fait qu'il réfute la thèse d'un exil juif de Palestine imposé par les romains, lequel ne serait qu'une invention chrétienne pour nourrir le mythe du "peuple errant", du fait qu'il affirme que le peuple juif n'est pas né il y a 4000 ans mais seulement sous la plume d'historiens du 19e, est taxé de plus grave que le négationnisme: c'est le saboteur de la plate-forme historique soutenant tous les mythes fondateurs de l'État hébreu. Shlomo Sand est le négateur du peuple juif. Et il n'est pas le premier ni le seul. Ni n'en sera le dernier.(3)
Cela se passe en Israël, chez les sionistes, sémites, juifs, hébreux. Et pas dans un pays arabe ni dans l'Iran néo-nazi.

Et il faudra citer encore les voix juives arabes errant en Israël ou ailleurs : Naeim Giladi, juif irakien émigré en Israël pour la quitter plus tard, quand il aura découvert que le pogrom qui fut aux origines de son émigration et celle de milliers de ses compatriotes était l'œuvre du Mossad, auteur d'un livre à ce sujet « Scandales Ben Gourion: Comment la Haganah et le Mossad ont éliminé des Juifs » (Ben Gurion's Scandals: How the Haganah and the Mossad Eliminated Jews) (4)

Samir Naqash, arrivé en Israël à l’âge de 13 ans, suite au même «pogrom » et, dès 15 ans, tentant plus d’une cavale, arrêté, emprisonné et récidivant jusqu’à sa mort en 2004, en Grande-Bretagne, et qui par réaction au mensonge sioniste a refusé non seulement d’écrire en hébreu mais aussi d’hébraïser son nom qu’il a conservé arabe, comme la nationalité qu’il revendiquait par ailleurs, se disant partout « juif irakien et arabe ».

Abraham Sefaty qui, lui, est le doyen des prisonniers politiques dans le monde arabe, marocain et refusant de suivre ceux qui avaient obéi aux consignes sionistes, resté sur le sol natal pour se battre aux côtés de ses frères arabes, auteur de Lutte anti-sioniste et Révolution Arabe, Écrits de prison sur la Palestine, L'Insoumis, Juifs, marocains et rebelles, entre autres.

Georges Adda, politique et syndicaliste tunisien, ayant connu les prisons, les camps de concentration et les déportations des colonialistes français, et refusant de cautionner le sionisme en quoi que ce soit, refusant même l’hospitalité de ses enfants émigrés en France, resté en Tunisie pour y mourir et être enterré. Adda, alors même que le président Bourguiba invitait les Arabes à accepter une paix négociée avec Israël, fidèle à sa lutte anticolonialiste et n'acceptant pas tel compromis, refusa de reconnaître l'État hébreu, et apporta, tout au long de sa vie, un soutien sans nuance à la libération de la Palestine. (5)
Il en fut de même pour son fils Serge Adda, ex directeur de TV5 monde mort en 2004, et qui n'a abjuré ni sa tunisienneté ni son judaïsme ni son antisionisme radical.

Ces juifs pas moins juifs que Netanyahu, mais d'une tout autre pensée, morts ou vivants, sont considérés comme des parias, la peste noire dont le nom seul glace de peur, justiciables et pendables morts ou vivants si Israël pouvait le en décider, au même titre que celui qu’elle garde dans ses cachots depuis 1986, le "traître", l’objecteur de conscience, le citoyen du monde Mordechai Vanunu.

Conclusion:
Quand je lis ici ou là que la Loi Gayssot a été faite pour barrer le chemin à "la peste brune qui revient" je voudrais juste faire remarquer à bons droit et endroit que la peste brune est déjà là, plus que terrifiante, faisant par milliers ses martyrs chez ceux qui osent dire "non". Ceux qui refusent la stérilisation systématique du cerveau, d'où quelle vienne, et n'acceptent pas d'endosser la pensée unique ni d'obtempérer à sa sacro-sainte dictée.
Il ne s'agit pas de réveiller les vieux démons ni de collaborer avec les néo-nazis, parce que c'est le sempiternel son de cloche, en définitive, les mêmes déclamations et la jérémiade même qui tétanisent chez beaucoup le moindre nerf de pensée critique, mais de restituer à Voltaire (si je puis me permettre ce prosélytisme) ses lettres de noblesse. Penser c'est dire non (Alain). Et dire non c'est commencer par relire Voltaire lui-même et Alain! Entendez : les refuser tout court ! comme réaction instinctive et salutaire, signe de gratitude et seul moyen d'acquérir, à mon sens, cette arme d'autodéfense initiale.
En somme, il s'agit de se soustraire à la prise et l'emprise de toute une machine qui nous broie en chaque seconde, la pensée dominante du lobby sioniste. Médiatique ou autre, asservie aux enjeux politiques et économiques qui sont les siens, et destinée à styler l'esprit en conséquence dans les boutiques du prêt à penser.
Dès qu’une brebis galeuse, un égaré, un esprit pas assez vacciné contre « l'antisémitisme» et son nouveau synonyme "l'antisionsisme" ose penser sans ce prêt, il se heurte aussitôt à une cohorte d’intellectuels, de journalistes, de politiques, de juristes qui sont là pour lui rappeler la ligne rouge à ne pas franchir.
Penser à contre-courant du prêt à penser est un blasphème, l'offense suprême au delà de quoi il n'y a que l'enfer et la damnation, un crime justiciable qui n'appelle aucune indulgence par les temps qui courent. Comme il le fut en Europe pendant l'Inquisition. Ou encore, outre-atlantique, sous la Sainte communauté puritaine de l'Amérique.
Nous n’en sommes pas loin de Salem, tristement célèbre pour ses piloris, ni de la chasse aux sorcières qui y envoyait aux bûchers ses captifs.

La loi Gayssot, aux mains des bourreaux de la pensée libre dans la France d'aujourd'hui, le prouve encore avec Vincent Reynouard.


A. Amri
09.08.10

Notes:
1-Ingénieur de formation et militant négationniste français né en 1969. Marié en 1991, il est père de 8 enfants.
2- Chez Osez Dire, Bruxelles.
3-Né en camps de réfugiés juifs polonais, en Allemagne, lauréat du Prix Aujourd'hui pour l'an 2009.

4- "Je fais partie des Israéliens qui ont cessé de revendiquer pour eux-mêmes des droits historiques imaginaires : si l'on invoque, en effet, des frontières ou des "droits" remontant à deux mille ans pour organiser le monde, nous allons le transformer en un immense asile psychiatrique. De même, si nous continuons à éduquer les enfants israéliens sur la base d'une mémoire nationale à ce point contrefaite, nous ne parviendrons jamais à un compromis historique durable.
Je fais mienne la métaphore de l'historien Isaac Deutscher, qui a comparé la création de l'État d'Israël à la situation d'un homme qui saute d'une maison en flammes et qui atterrit durement sur un autre homme qui se trouve devant le seuil de la maison, et à qui, bien sûr, est causé un dommage. Le jugement moral à porter sur l'homme qui a sauté de la maison est relatif." (Israël : notre part de mensonge, par Schlomo Sand -LE MONDE du 04.01.2002 )
5- "Engagé dès l’âge de dix-huit ans dans la lutte au sein du Parti communiste tunisien dont il devint secrétaire général adjoint à l’âge de vingt ans, Georges Adda a toujours veillé à lier patriotisme et engagement aux côtés des travailleurs et des couches populaires, accordant à la question des alliances de tous les patriotes – destouriens, communistes, syndicalistes – une importance vitale. « Tout au long de son existence, il a fait de son militantisme pour les causes justes en Tunisie, en Palestine et dans le monde sa raison d’être, sa manière de vivre à tous les instants. Et l’on peut dire de lui qu’il a toujours été en quelque sorte l’homme qui milite comme il respire." (Éloge funèbre du patriote et militant progressiste Georges ADDA - Ahmed Brahim, premier secrétaire du mouvement Ettajdid)


vendredi 16 juillet 2010

A Mordechai Vanunu: lettre de ses compatriotes (I)






Dix-huit ans en prison dont onze dans l'isolement total, puis trois mois encore, entre-temps toutes les contraintes de l'assignation à résidence, l'infamie subie au quotidien de celui qui passe pour un traître, sur sa terre d'exil , et qu'on traite en paria, les menaces de liquidation physique projetée par le passé au niveau des agents du Mossad et pouvant l'être encore au niveau de ceux qui ne le jugent pas moins méritant que Rabin, assassiné en 95: tant de hargne contre cet objecteur de conscience (1) -que l'État hébreu n'est pas près de faire descendre du pilori- interpelle la conscience de tout homme digne de ce nom. Cette injustice criante est intenable. Il est temps, grand temps pour tous ceux qui se sentent concernés par cette longue Passion, de réagir.

L'Occident peut-il faire mieux?

L'auteur de ces lignes conviendra qu'en ce qui lui incombe dans cette affaire, l'Occident n'est pas resté indifférent. Loin de là, il aurait fait même beaucoup. Mais beaucoup et bien ne sont pas des synonymes. On reconnaît l'encre qui a coulé et ne cesse pour fustiger l'injustice et demander que Vanunu soit autorisé à quitter Israël. De nombreuses initiatives ont été faites, et largement médiatisées, pour tenter de faire desserrer autour du cou de son porteur le carcan de barbarie. Sans compter les honneurs qui ont été prodigués à l'homme, tant par des universités de grande notoriété que par des fondations et des associations humanitaires. Même au plan affectif, il y eut des âmes charitables pour adopter le fils renié par une partie de sa famille. En somme, l'Occident n'a pas réussi à faire une percée du côté de l'État sioniste mais il ne cesse de couver des yeux le martyr. Alors que pourrait-il faire de mieux?

De mieux: cet Occident peut faire ce qui brisera le fer du carcan!
Dès qu'il comprendra qu'en l'étreignant si fort dans ses bras, le bourreau se gausse de l'insulte qu'on lui souffle dans l'oreille, ou à cor et à cri, en même temps que du doctorat honoraire ou du Nobel alternatif décernés au paria! Comme de tout le bataclan, du reste. Et d'un.

Et de deux: dès que l'Occident aura compris ce qui précède, qu'il arrête de soutenir le bourreau! C'est simple, clair et facile à comprendre dans toutes les langues.
Le seul moyen de sauver Mordechai Vanunu est de tendre nos mains réunies, de tous pays, avec le grappin à mettre, solide et déterminé, sur la main du bourreau. En deçà d'une telle initiative, concertée mais on ne peut plus urgente, nous ne ferons que nous griser les uns les autres, de l'encens agité ça et là et qui risque d'occulter davantage les chaines, quand bien même il honorerait l'enchaîné.

L'argent est le nerf de la guerre (2). Le vieux sage qui l'a dit ailleurs -à bon droit et endroit le redit ici. En boycottant les produits qui viennent d'Israël, code barre 729, et en proclamant que nous le faisons pour le paria, en boycottant les agences touristiques d'Israël, et en proclamant que nous le faisons encore pour le paria , en boycottant BHL, Charbit, Sarko, Strauss-Kahn et Cie (3), et en proclamant que nous le faisons pour le paria, en nous rassemblant dans des sit-in, cet été, devant les ambassades d'Israël avec des pancartes appelant au boycott de ce pays, et en proclamant que nous le faisons pour le paria, nous verrons fléchir non seulement la main du bourreau mais ses mâchoires, et tout le corps acculé à la déroute inéluctable.

Quand Israël comprendra ce qu'il peut lui en coûter d'être sourde aux cris de l'humanité, nous aurons déjà gagné cette partie.
Et Mordechai Vanunu sera redevable de son salut aussi bien au consommateur averti qui trie avant de faire ses emplettes qu'à l'intellectuel qui le précède ou le complète par son écrit .
Et les Arabes?

Il y a un an à peu près, au cours d'une interview accordée à une chaîne de télé arabe, Mordechai Vanunu a lancé un vibrant appel aux chefs d'états, arabes entre autres, de lui accorder un passeport, et le plus tôt possible, pour qu'il puisse quitter l'enfer.
Même si le document demandé ne suffirait peut-être pas à exaucer le vœu de cet homme, il est du devoir de ceux qui pourraient faire quelque chose dans ce sens de répondre à l'appel. Les amis d'Israël de par le monde, mais aussi ses "amis" dans la région devraient se disputer l'honneur de faire rapatrier, coûte que coûte, le plus noble des dissidents.
Majestés, Éminences, Excellences,
Si certains d'entre vous sont accrédités à Tel-Aviv et, n'en déplaise, ils le sont sans notre consentement, avec notre consentement et assentiment réunis autour de Mordechai Vanunu- que ceux qui ont des ambassades en Israël volent à Tel-Aviv et demandent en leur nom ou le nôtre, peu importe, la rédemption de notre frère!

J'en appelle à la conscience des hommes où qu'ils soient pour en prendre acte.

Gabès, le 03.07.2010




Cher Mordechai,

L'eau et le sel n'abjurent pas ceux qui les ont partagés.
Pour peu que ce cri soit entendu, que d’autres voix le relayent. Que s’y reconnaissent et secouent le carcan ceux qui refusent l’institution de la calomnie, du puritanisme à quelque niveau soit-il, de la chasse aux sorcières. Pour peu que l’objection de conscience mobilise ses défenseurs, que le cloué au carcan de la plus noble des dissidence ne soit pas seul dans cette bataille, que d’autres, plus nombreux et déterminés, le rejoignent en deçà du mur comme au-delà.

Pour peu que la raison des hommes l’emporte sur celle de l'État, que les barbelés, les checks-points, la clôture de sécurité et la hargne daignent accorder à ce cri une passerelle, un créneau. Pour peu que la Prison (4) veuille entrebâiller sa porte et, scellant à jamais la bouteille de ses démons, condescende à te bouter hors de ses frontières, tes amis d'ici et de tous pays, ta patrie natale et toute la terre, tes frères arabes et ceux du monde entier seront là où tu voudras pour te souhaiter la bienvenue.

Tu n'avais que neuf ans lorsque tes parents, bernés par les bons apôtres, t'ont ravi à ton pays en même temps qu'aux tiens.
Sans quoi tu ne serais pas là où tu es maintenant (5), ni n'aurais besoin que je t'appelle de si loin pour te dire : tu nous manques terriblement, frère!

Alors, s'il y a une chance pour toi de leur réchapper, une chance de sortir indemne de l'enfer, n'oublie pas ceci: ici toutes les maisons sont les tiennes.

Je te sais hanté de ces années dont personne ne guérit. Ce cordon qu'on croyait sectionné, et tu sais de quoi je parle, est toujours intact. Il n'a pas besoin d'être ressoudé. Tu te souviens de cette enfance qu'on voulait te confisquer. Du lait partagé d'avant le sevrage. Tu t'en souviens comme si c'était d'hier, comme si c'était d'aujourd'hui.

Et pourtant, quand la nuit carcérale daigne te laisser à ta solitude, que celle-ci te lâche après les souvenirs, quand tu tentes d'évaluer le chemin parcouru, que tu comptes murs, murailles, vallées, montagnes, plaines, rivages puis les mers, à quoi ajouter le demi siècle d'exil, tu ne peux que détourner la tête.

De peur que le vertige ne te trahisse. Et surprenne l'éclat opalescent de tes yeux.

Que d'années perdues depuis qu’ils t’ont ravi au Maroc! A l’Afrique du Nord où partout ce sont les tiens. Je ne parle pas de Georges, ni de Yahya, ni d’Abraham ni de tant et tant d’autres encore que tu connais. Ceux-là, vivants ou morts, refuseraient que je les détache des Ali, des Mohamed et des Fatma. Ou de tout autre prénom communautaire inscrit sur les registres de notre état civil. De Tripoli à Tanger, en passant par Gabès et Constantine, et de si loin que se souviennent les hommes, jamais la terre n’a renié ses enfants. Ceux-ci non plus d’ailleurs. A part ceux qu’on a pipés, dupés au nom d’un idéal dont on sait les conséquences. Et que beaucoup du reste, sitôt débarqués sur la terre sans peuple, l’ont sans ambages abjuré. Même les autres, ceux qui, aliénés, croient encore aux vertus de cet idéal, même ceux qui, faits et devenus rouage du système, ceux qui campent par la loi du feu et du sang sur la terre volée ou squattent dans les maisons dont ils ont chassé les propriétaires, quand quelqu’un leur rappelle les cafés de Sidi Bou-Saïd ou d’Oran, la médina de Tunis ou les souks d’Alger, un point d’attraction quelconque surgissant d’on ne sait où pour les désarçonner, déboussolant un moment leur aveuglement et rendant au cœur ses artères, diraient : « Oh, oui, ouhak rabbi ! c’était bladi!» (6)

Mais toi, Mordechai, c’était une autre histoire, et un déboire tout autre.

1963, en ce jour « J » que les tiens auraient marqué en gras depuis quelques ans seulement pour partir. Les parents et les plus petits d’abord, et toi avec(7). Et le reste qui suivra.

Quand tes parents faisaient leurs valises, que tes aînés s'affairaient entre les chambres et que ta maman te criait de lui passer ceci ou cela, tu étais déjà à dévaler les escaliers, essoufflé, ou loin de la maison, remontant puis descendant les venelles, avec quelque chose de brûlant dans les yeux. Qui te voilait le soleil de Marrakech. Et ce cœur gros, ce gros nœud au gosier qui t'empêchait de respirer.

Jamais. Au grand jamais tu n'as oublié Fatima, Yahia, ni Abdellatif et Jocelyne. Ni Mohamed ni Abraham et George. Infimes graines dans le long chapelet des utérins. La smala du quartier. Les voisins, les frères et sœurs avec qui tu as partagé l’eau et le sel. Les camardes de jeux, les commerçants de ta rue, les amours précoces, transies et candides. Ni tout ce que tu as laissé derrière les murailles et les mers. Et qui n’a jamais cessé de t’appartenir, Mordechai.

Ces braises inextinguibles que tes ravisseurs voulaient éteindre. Que tu as constamment couvées au plus profond de ton cœur. Pour qu’à jamais la brûlure transperce les cendres. Et te garde à la terre natale, envers cabale de ravisseurs et mandataires, fortement soudé.

Jamais. Au grand jamais tu n’as oublié les artères qui mènent au cœur. Enchevêtrées. Les lignes et courbes sinueuses guidant la géométrie de tes fugues. La médina et ses anses. Tes errances d'enfant prodigue. Ni Tachfine ni Sofia ni les parfums du jardin Majorelle. Ni Jamaâ El Fna qui te tambourine à même les tympans, les herbes fleurant bon des narguilés, étourdissant serpents et leurs dompteurs sur l’immense place où il faisait bon t'égarer. Les jongleurs qui ravissent aux touristes leurs yeux et sous, l'enfant qui se hisse sur la pointe des pieds pour te rappeler, l’encens qui moutonne, t’aveugle et LE suffoque. Ni, tout autour des yeux, les moites guirlandes de lampes qui dansent.

Comment oublier tant d’images associées à tes racines, comment oublier ton Maroc, comment te défaire de ce parfum de la mère dont tu as prodigieusement arrosé chaque pli et repli de ta valise, au moment où tu as su enfin que les dés étaient joués ?

Ces myriades d'étoiles qui se bousculent dans la mouvance de la mémoire, gaufrées à même la prunelle, ces novæ qui peuplent tes rêves, ces lucioles qui voltigent à même les cils et hantent depuis l’éternité ta terre d’exil, jamais tu n’as pu t’en détacher.

Et puis tu as grandi.

Et il t’a fallu composer avec l’inconfort de cet état d’orphelinat. Sur la terre ravie qu’on voulait greffer en amont des racines, il t’a fallu te plier un moment au mektoub. Ou plutôt juste faire avec. En attendant l’opportunité de te défaire de ce ralliement forcé, le moment de leur balancer leurs quatre vérités à la face. Et reprendre en main ta destinée.

1982, la date butoir.

Il t’a fallu non pas un alibi pour te démarquer de cette fausse mère, la catin qui t’a serré enfant contre sa poitrine pour t’abuser. Et te baiser. Sauf ton respect.

Mais la RAISON. La preuve infamante, irrécusable de leur barbarie.

Quand tu as vu les crimes des sionistes au Liban, que Beyrouth fut livrée à ses assassins par Sharon, que la Shoah et l'Holocauste, les vrais, étaient l’œuvre de ces bons apôtres qui avaient enrôlé tes parents, que le sang versé à Sabra et Chatila rejaillirait fatalement sur quiconque le voit et ne fait rien pour l’arrêter ni le venger, tu ne pouvais plus aller plus loin.

Le jour même que les images de l’horreur sortaient de Beyrouth et commençaient à se répandre à travers le monde entier, tu as abjuré David et son étoile (8). En signe de purification. Et le Mur occidental et le Temple (9). De même que Jérusalem-Ouest (10) et tous les lieux infestés par les criminels. Juré, tu l'avais juré que la violence du peuple palestinien était légitime. Que le terrorisme prêté aux fedayins était un mensonge. Et qu'il était urgent de rendre à tes singes leur monnaie! La catin qui t'a baisé, enfant, devait l'être à son tour par l'homme!


(A suivre)

Gabès, 14 juillet 2010.

1- Exemple parfait de citoyen du monde, en dehors d'Israël Vanunu est reconnu à l'échelle planétaire comme tel. Il a agi dans le cadre de la désobéissance civile et dénoncé le danger que représente non seulement pour la région, y compris Israël, mais pour le monde entier, l'arsenal nucléaire israélien Les associations de défense de droits de l'homme, des institutions académiques internationales, la Fondation altermondialiste "Prix Nobel Alternatif" ont reconnu le mérite et le courage de Mordechai Vanunu, récompensé à maintes reprises.

2- Proverbe latin (la sentence est attribuée aussi à Cicéron).

3- Après avoir purgé 18 ans de prison, depuis sa libération en 2004 Mordechai Vanunu est assigné à résidence et interdit de quitter Israël. De 2004 à ce jour, il a été interpellé 22 fois par la justice pour non respect des restrictions qui lui sont imposées (défense d'avoir des contacts avec des étrangers et de sortir de Jérusalem-Ouest) Le 24 mai 2010 Mordechai Vanunu a été renvoyé en prison pour 3 mois. Il devrait être libéré le 23 août prochain. Mais libéré ne veut pas dire libre. Ce qui justifie la majuscule ici: seule l'autorisation à quitter ce pays (avec affranchissement de toute poursuite à l'extérieur par les agents du Mossad) permettra à Mordechai Vanunu d'être enfin libre.

4- Il va sans dire que les quelques noms donnés ici ne sont qu'un grain dans le chapelet. Ci-dessous une liste dressée par le journaliste militant José MOVIDAS RUBIO qui concerne quelques entreprises finançant l'État sioniste.
http://www.legrandsoir.info/Boycottons-les-collabos-de-l-etat-sioniste.html


5- Selon l’édition en hébreu d’Ynet daté du 13 Juin, Mordechai Vanunu, placé dans une prison sous haute surveillance, vit dans l’isolation totale au point même que personne, pas même le commun des geôliers ne savent où le localiser. Il pourrait bien être ce Mr X à propos de qui on lit : « Personne ne sait qui est Mr X. Ynet a appris qu’un homme avait été emprisonné depuis un certain temps dans l’aile 15 à la Prison Ayalon mais personne ne sait qui il est et quelles sont les chefs d’inculpation pour lesquelles il est emprisonné. Personne ne lui parle, personne ne le voit, personne ne lui rend visite, personne ne sait qu’il est en prison. Il a été mis dans une situation de séparation complète du monde extérieur »

6- En arabe : « Pardi ! c’est mon pays ! »

7- La famille nombreuse (composée des parents et leurs 12 enfants) s'est divisée en 2 groupes pour effectuer l'émigration. Mordechai Vanunu et 4 frères accompagnés de leurs parents constituaient le premier groupe.

8-
La crise de foi que Mordechai Vanunu a vécue à cette époque le conduira en un premier temps vers le bouddhisme, puis à se convertir au christianisme au sein de l'église anglicane. A partir de 2005, "John Crossman" sera son nouveau nom de baptême.

9- L’abjuration est à prendre au diapason du sens engagé dans la guerre des mots : ici ceux qui emploient l’expression « Mur occidental » sont dans le camp opposé de ceux qui disent « Mur des lamentations », « Mabqa » ou « Alboraq ».

10- Tout au long de l’assignation à résidence dont il fut l’objet depuis sa libération en 2004 et jusqu’à sa récente réincarcération, Mordechai Vanunu n’a cessé de demander à ce qu’on le déplace de Jérusalem-Ouest à Jérusalem-Est, et plus précisément dans la partie où la population arabe est enclavée. Chez Mordechai Vanunu, cette volonté de transfert est motivée non seulement par des raisons politiques évidentes mais aussi par l’instinct de survie, l’hostilité d’un environnement où les puritains de tout bord ne sont pas près de desserrer l’étau de la calomnie et de la persécution. Et l'on comprend davantage les risques liés à un tel environnement quand on se rappelle les conditions qui ont conduit à l'assassinat de Rabin en 1995.

source de l'image: desertpeace.wordpress.com

Quand les médias crachent sur Aaron Bushnell (Par Olivier Mukuna)

Visant à médiatiser son refus d'être « complice d'un génocide » et son soutien à une « Palestine libre », l'immolation d'Aar...