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Denis Marulaz |
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Denis Marulaz |
De ce monde informe, désorganisé, naquit la Nuit. Qui fit naître à son tour les choses abstraites: vie, mort, éternité. Et les sentiments qui animeront plus tard le cœur des vivants: peur, amour, haine, courage... Puis la Nuit donna le jour à Gaïa (la Terre). Et celle-ci engendra Ouranos (le ciel). Jusque-là ces Déesses mères se fécondaient d'elles-mêmes, sans le concours d'un principe extérieur mâle. Mais Gaïa se prit d'amour pour Ouranos, car il était beau et sans bleu aucun. Et elle décida de l'épouser dès qu'il eut atteint l'âge nubile, inaugurant ainsi l'ère de la reproduction et de la vie sexuées. De cette union -qui serait incestueuse sans l'impératif de la cosmogonie grecque- naîtront des enfants sans nombre, d'espèces diverses adaptées à tous les milieux: plantes, insectes, oiseaux, reptiles, poissons, quadrupèdes herbivores, d'autres carnivores... Et au bout de quelques ans seulement, Gaïa s'en trouva un jour excédée. Trop d'enfants à sa charge, des fœtus qui s'agitent dans ses entrailles, des nourrissons agrippés à son sein, des adultes qui s'agitent ça et là en tous sens et se frottent à même sa peau, des mourants qui implorent son assistance, des morts qui se décomposent sans son assistance, toute une smala qui ne cesse de grossir ni se faire encombrante, dont les membres, âges et espèces confondus, se suivent sans arrêt et sollicitent à la fois son sein nourricier et sa continuelle attention.
Elle n'en pouvait plus, la pauvre. Et qui pis est, ce scélérat de mari, chaud lapin au plus fort de sa jeunesse, ne lui accordait aucun répit. Priape n'était pas encore né ni l'Olympe et ses habitants, mais Ouranos devait avoir dans le sang un germe ithyphallique du même ordre que le futur petit-fils, dieu de la fertilité, qui ferait rougir sa mère à tant parader sur ses flancs et ses collines, le machin tendu en l'air comme un chêne, ou mieux: comme un saule pleureur!
Le congénère et grand-père de Priape était lui aussi grand pleureur! C'est de fils à père, ou vice versa, que les pleurs se tenaient dans ce sang de haut parage. Et Gaïa devait essuyer constamment les pleurs et les plâtres!
Évidemment la pilule, le préservatif ni tout autre contraceptif n'étaient sur aucun marché, à cette époque-là, sans quoi Gaïa en aurait usé et même abusé, faute de pouvoir inculquer à Ouranos le principe d'une quelconque modération ou abstinence. Mais elle dut prendre son mal en patience, somme toute. Et Gaïa a donné encore le jour à douze titans: six mâles et leur équivalent femelles. Cette dernière portée, Gaïa l'avait conçue dans les tremblements et les saignées volcaniques. Ouranos n'augurait rien de bon de ces symptômes maladifs jusque-là inconnus, et Gaïa elle-même appréhendait l'accouchement car jamais son ventre ne fut si gros ni grouillant de ce qu'il portait. Cependant, quand elle vit naître la douzaine de jumeaux, quand elle vit leur pâte nouvelle, leur forme singulière, des bipèdes des plus vigoureux et grands, elle oublia vite l'angoisse qui la hantait tout au long de la grossesse. Elle fit de son mieux pour les élever, les entourant tous de son affection. Mais elle choyait surtout le plus fort d'eux tous, celui qu'elle avait appelé Cronos (le Temps). Et c'est à ce fils bien-aimé que la mère, usée par tant de conceptions et de naissances, est allée se plaindre un jour, quand elle le jugea capable de se mesurer à son père.
Gaïa lui parla d'abord, et longuement, de ses frères aînés, les arbres hérissés sur ses flancs autrefois duveteux, ensablés. Les dinosaures qui n'étaient nés que pour se chamailler au milieu des arbres, les porcs qui, nuit et jour, pataugeaient au milieu de leurs cochonneries et refusaient de s'assagir, les oiseaux qui fientaient sur son ventre, même dans leur vol, et revenaient à ce ventre pour demander toujours des vers et des graines, les vers et les graines qui alourdissaient ses entrailles et n'arrêtaient de pulluler...et de tant et tant de frères et sœurs encore. Dont beaucoup étaient nés mal-gré el-le!
Et la mère martela bien ces deux derniers mots, avant de détourner la face pour dissimuler deux larmes qui lui emperlaient les yeux.
Cronos qui l'écoutait attentivement et ne manqua pas de voir cette face subitement détournée, croyant que les peines de sa mère venaient exclusivement de ses aînés, bondit comme un lion, et sans entendre sa mère qui le suppliait d’écouter la suite, il assena un coup de poing au flanc gauche de celle-ci. En moins de rien, on vit s’écrouler tout un peuple de lions, plus tous les dinosaures qui se chamaillaient autour, et s’envoler vers l’air des millions d’hectares de forêts ! Sans les hurlements de la mère qui se déchirait les joues, pleurant tant d’enfants décimés par cette colère aveugle, Cronos aurait assené un autre coup au flanc droit, lequel coup aurait étripé les mers et les océans, à jamais vidés de leurs poissons et de tout crustacé.
Quand Gaïa put lui expliquer que le mal venait surtout de son père, que celui-ci devait voir un toubib pour son saule pleureur, Cronos assena quand même un deuxième coup de poing au même flanc tantôt meurtri. C’était dans l’intention de faire mal à son poing fratricide, mais il ne fit que soulever davantage de douleur la pauvre mère, deux fois endeuillée en l’espace d’une colère. Elle en vint à regretter de s’être confiée à cet enfant coléreux, qui s’emportait ainsi comme une soupe au lait ! Et la soupe au lait dut se mordre le poing jusqu’à ce qu’il en eût vagi lui-même de douleur pour que Gaïa pût l’étreindre contre sa poitrine et lui pardonner sa colère meurtrière.
« Parle à ton père, lui dit-elle, pendant qu’elle le serrait ainsi. Essaye de trouver les mots qui puissent calmer sa fougue, le rendre à la raison. Mais en douceur surtout. Car il faut ménager sa susceptibilité. Et puis n'oublie pas que c’est ton père : ne lui manque pas de respect. »
Cronos rassura sa mère et, sitôt libéré de son étreinte, il alla droit voir son père qui était en train de prendre.. l'apéro! Le fils était persuadé que le vieux l'écouterait car, se dit-il, celui qui veut aller loin ménage sa monture. Et de monture, Ouranos n'en avait qu'une qui se faisait flétrir à la fleur de l'âge par sa faute.
Usant de telle rhétorique et de bien d’autres formules imagées, non sans peu d'impudence quand même, Cronos demanda à son père d'accorder un congé à sa monture. Il lui dit cela d'une manière plus effrontée, sans doute, car pour toute réponse, Ouranos lui flanqua une belle claque et lui intima à lui et ses frères et sœurs l'ordre d'aller se coucher sans tarder et lui ficher la paix.
"Foin de ma progéniture qui veut m’éduquer ! cria Ouranos. Que je ménage ma
Gaïa en conçut aussitôt une nouvelle ventrée qui rajouterait à sa smala et ses peines. Cronos, quant à lui, ainsi éconduit et humilié, invita ses utérins non à ficher la paix à l'impénitent père, mais à tenir immédiatement une assemblée pour discuter du moyen qui permette à leur mère de savourer quelque temps de repos. On discuta et discuta une heure durant, le temps que mit le père pour se remettre de son courroux, après quoi on se plia à la seule résolution qui parut opérante, celle de Cronos précisément, laquelle, à plus d’un égards, se profilait comme le meilleur moyen de contraception à inventer en la circonstance, à cent pour cent efficace et sans faille aucune, en attendant que les humains proposent plus tard les leurs. Mais pour ce faire, vous conviendrez qu'il faudra attendre des millénaires.
Quand la maman put se joindre à l'assemblée de ses enfants, Cronos lui demanda de servir un thé à Papa, bien sucré, dit-il, et avec, en guise de menthe, mille et une gerbes de haschich et autant de pavots d'opium! Et pendant que Papa sirotait son thé, qu'il trouvait excellent, du reste, bien corsé et portant à s'offrir une pinte de bon sang pour se dérider après l'affront de l'ingrate progéniture, les douze frères et sœurs s'affairaient à tailler une belle pierre de silex. La plus belle qui fût, aussi longue, plate et affilée qu'une hache au bout de sa manche. La vue seule de cette belle œuvre d'art que Gaïa aperçut sortie des mains de ses Titans avait de quoi plonger la mère, déjà assez marquée par le deuil tout récent, dans la terreur! car la bonne Gaïa, alarmée par son sixième sens, ne s'attendait pas à ce que ses ingénieux enfants aillent si loin pour secourir leur tendre maman. Aussi, voulut-elle se repentir, sans plus tarder, et prévenir à temps Ouranos. Mais elle eut beau secouer le mari, beau lui crier de se réveiller, celui-ci ronflait déjà comme le moteur d'une 404 tunisienne courbatue sur les caillasses de Sidi Bouzid. Non seulement ce verre de thé fit étreindre par Hypnos le joyeux Ouranos, mais il lui ouvrit aussi les portes et les jardins d'Oneiros. Vingt, cent, mille houris dont les rondeurs éclipsaient celles de Gaïa s’agitaient de doux émoi autour de son saule pleureur, lui chantaient des hymnes pétris de concupiscence, sollicitaient ses honneurs et faveurs, qui se le disputaient en même temps qu'Hypnos s’accaparait le reste du corps.
« Non, ne faites pas ça, malheureux ! cria Gaïa. Touchez pas à mon mec ! »
Mais les douze Titans se juraient d’aller jusqu’au bout, faisant signe à leur mère de s'écarter, l’écartant de force quand elle voulut s’interposer, encerclant de toute part le vieux, décidés à l'initier comme il se doit au planning familial.
C'est à Cronos qu'échut la basse besogne de couper d'un coup sec l'organe à qui il devait lui-même le jour. Et l'on vit bondir, ensanglanté et hurlant, Ouranos. Il eut juste le temps de lancer contre Cronos une terrible imprécation, avant de se dissoudre dans l'air puis l'éther et monter là-haut, là où on le voit encore de nos jours, marqué toujours d'un bleu qui ne serait que la séquelle de ce vieux supplice qui le décida à fuir sa smala et se faire céleste.
N'allez pas croire qu'Ouranos cessa de harceler Gaïa depuis. A l'instant même où je termine ce récit, par dessus mon toit je vois sa face congestionnée du désir dont il n'a jamais guéri, qui préside à la fertilité de la terre et la continuité de la vie.
La météo use d'un bel euphémisme que le commun des mortels n'entend pas à son juste sens: il va pleuvoir ce soir ou demain, dit-elle. Les anciens grecs disaient, quant à eux : demain ou ce soir, Ouranos va engrosser encore Gaïa.
A.Amri
22.10.10
L'arme des lâches est partout la même: intimidation, calomnies, cabales, coups bas. Et les sionistes ne s'embarrassent pas d'en user et "abuser", même avec les "mauvaises graines" juives, que ce soit à l'intérieur d'Israël ou à l'extérieur. Cette hargne contre les antisionistes où qu'ils se trouvent ne peut et ne doit que consolider le front des pacifistes de tous les pays, intellectuels ou simples citoyens, dans cette bataille des plus juste et noble pour le droit palestinien. L'issue de l'affaire Alima et Omar en France retentit encore de ce camouflet donné aux "redresseurs de torts antisémites", lobbyistes d’Europe et leurs commanditaires en Israël. La mascarade n'est pas terminée, certes, puisqu'il y a encore 79 procès à suivre. Mais l'élan de solidarité qui a précédé et accompagné ce premier procès, les papiers écrits, les déplacements individuels et en groupes pour assister au procès ou manifester devant le tribunal, toutes les initiatives concertées ou spontanées en marge de cet évènement témoignent, au delà de la responsabilité citoyenne de leurs auteurs, de ce sentiment de ras-le-bol qui se propage en Europe et ne fait que grandir. Ce qui semblait tenir, il y a quelques années seulement, d'un vent de sédition intellectuelle sans conséquence, circonscrit dans le cercle de l'élite, se révèle, jour après jour, d'une ampleur plus inquiétante pour les sionistes. Le vieux sentiment de culpabilité européenne à l'égard des juifs persécutés par les nazis ne trouve plus d'adhérents chez les nouvelles générations, d'autant plus que les victimes d'hier sont aujourd'hui des victimaires. La litanie de l'holocauste, confrontée aux crimes en live, au fleuve de sang arabe et palestinien qui, de Deir Yassine à Gaza, en passant par Sabra et Chattila, Jenine et Kana, sans compter les tueries moins tristement notoires ni les assassinats de chaque jour, n'a jamais tari ni connu la moindre décrue, confrontée aux destructions quotidiennes
perceptibles sur tous les écrans, aux humiliations sans nombre de femmes, d'hommes et d'enfants dont les photos égayent les héros du Tsahal et leurs fans, confrontés au vol des terres et des maisons, à l'expropriation de tout un peuple au profit d'un autre, tel holocauste a perdu son aura de sainteté et sa crédibilité. L'effet anesthésiant que ce mot magique avait autrefois sur les vieilles générations européennes et qui permettait aux apôtres du sionisme de couvrir ou de faire absoudre les crimes de leur État en Palestine ou dans les pays limitrophes est aujourd'hui sans prise aucune sur les générations nouvelles. Libérées de ce croque-mitaine qui ne tient plus face au sang palestinien, ces générations se désolidarisent de plus en plus de leurs prédécesseurs pour rallier le camp de la justice et du droit. Et cette attitude antisioniste qui est en passe de devenir un trait de la nouvelle culture européenne, en même temps qu'un signe identitaire de tout projet de politique autrement, touche toutes les catégories sociales, pour autant que celles-ci soient informées. On peut en mesurer l'étendue sur la toile, sur les réseaux et les forums: les citoyens connectés à ce vent et impliqués dans son souffle ne sont plus seulement que des intellectuels ou une poignée de politiques réfractaires à la vieille doxa du continent. La contagion antisioniste paraît n'épargner personne, et qui mieux est, se répandre à l'intérieur même d'Israël.
N'en déplaise aux bons apôtres, l'épidémie ne fait que commencer. Et le vaccin comme le remède font défaut. Aucun laboratoire ni savant sioniste, quels qu'en soient les compétences, ne pourront inventer la pilule qui soit capable d'endiguer la pandémie mondiale ou d'en guérir les personnes atteintes. Car le mal n'est ni en Europe ni chez les intellectuels ou les antisionistes en général, mais là où le sionisme a construit ses murs et ses colonies, là où il a usurpé la terre palestinienne, là où il a fondé Israël. Tant que le foyer initial du virus est là, ni les armes, les assassinats, le terrorisme d'État sous toutes ses formes ni le mensonge ne pourront enrayer le mal ou guérir les malades. Et tant pis si les sionistes ne l'entendront pas de cette oreille!
Ce front qui unit Juifs, Arabes, Européens et d'autres combattants pour la paix, dans le reste du monde, aura raison du sionisme. Les actions de soutien au BDS et aux victimes des procès sionistes devront être reconduites et consolidées pour les rounds à venir. En France comme en Belgique ou ailleurs, là où nous pouvons marquer notre présence, boycotter ou faire boycotter un produit israélien, écrire un mot, transmettre une info, faire rallier au combat antisioniste un nouveau défenseur de la liberté de pensée et d'expression, dénoncer cette terreur aveugle qui vise des femmes et des hommes intègres, usons de la moindre parcelle accessible sur Internet ou ailleurs pour offrir le maximum de créneaux à la cause qui nous rassemble. Et en aucun cas, autant que possible, ne laissons pas seuls sur le terrain les sionistes. Car, et ce que je vais dire n’est pas un
optimisme de pacotille, tout porte à croire que le vent de révolte qui
souffle des cinq continents, et de l’Europe en tête, sur le sionisme et ses fondements n'est pas passager. Une nouvelle conscience universelle émergeant au jour depuis la dernière guerre contre le Liban et consolidée par le siège puis la guerre contre Gaza est en train de se dresser partout à la face du sionisme. Et les sionistes le savent bien, qui multiplient les fuites en avant et les faux-pas, répondent à l'argument percutant par les huées et les sifflements, la calomnie et la cabale, la menace anonyme et le couteau brandi, et ameutent en toute circonstance leurs chiens de garde pour un "oui" ou un "non" n'allant pas dans le sens qui les réconforte.
Ces sionistes savent que les jours de leur doctrine supposée les protéger mais se révélant piège mortel pour eux sont d’ores et déjà comptés.
Armés de cette foi fondée autant sur l’histoire du colonialisme et de l’apartheid et les signes récurrents d’un ras-le-bol humain face aux crimes incessants du sionisme, disons-le sans ambages : tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, nous finirons bien par caser ce monstre moribond là où il ne fera plus de mal ni aux Palestiniens ni aux Juifs ni aux citoyens du monde. Dans le musée de l'histoire.
A. Amri
17.10.2010
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